“Hommage aux Amis disparus”
de France et d’Outre Mer
et à quelques exceptionnelles
rencontres, brèves
mais lumineuses…
(liste non limitative…
Textes à compléter…)
… à l’âge des bilans l’amitié
prend tout son sens..
Voir la liste N°2 en “Pêle-mêle”: de Pierre Battesti à Juliette Sebaoun et aussi ici à la suite du N°1..
ALLAIS Yvonne
Cette grande historienne, spécialiste de l’Antiquité
classique, Grèce, Rome, Egypte…
Agrégée d’Histoire fut mon professeur au Lycée
Fromentin avant d’être nommée Conservatrice du
Musée de Djemila, antique “Cuicul”, Algérie, où j’eus
le privilège de la retrouver et de visiter ces superbes
ruines sous sa direction..
BANTON Hyacinthe
Oran dans les années 1950…
Une Personnalité oranaise d’autrefois…
Le Chanoine Hyacinthe Banton.
Ce “Français de France”, était né “ aux Trembles’, en
Algérie, dans l’ex département d’Oran (note), d’une
famille originaire de l’Ardèche et de Lorraine, de tradition
catholique romaine. Dans ses gènes peut être, l’influence
de certains ancêtres, religieux… et dans sa culture
l’enseignement reçu, dès qu’il en eut l’âge au Petit
Séminaire d’Oran.
A l’égard de ses enseignants sa profonde gratitude:
-“Je dois tout au Petit Séminaire”
se plaisait-il à répéter.
A cette Institution il légua tous ses biens.
Auparavant toute une vie consacrée à
l’enseignement,
la foi, l’espérance, et la charité.
Admiré pour sa vaste culture et sa séduisante!
personnalité, il fut
Chanoine responsable de
l’Eglise du Saint Esprit, au coeur d’Oran .
Il aurait pu s’élever dans la hiérarchie de l’Eglise. Il aurait
pu prétendre aux fonctions d’Evèque, d’Archevèque.
Comment ne pas être tenté par les bibliothèques du Vatican,
si riches , si fantastiques pour un être capable, comme lui,
de lire, à livre ouvert, les Pères de l’Eglise.
C’est ainsi que nous l’avons suivi, dans sa bibliothèque,
petite pièce longue et étroite de son appartement proche de
l’Eglise Saint Esprit. Les murs, du haut en bas, étaient
garnis de ces livres de théologie qu’il pouvait citer
sans erreur, de son étonnante mémoire ou consulter, sans
dictionnaire, qu’ils fussent en grec, latin, ou hébreu.
note
L’ ex”Algérie française”(1830/1962) comprenait trois
départements: Alger, Constantine, Oran.
A la hiérarchie il préféra
-ses fonctions d’aumônier du Lycée de
garçons d’Oran:
—“Mes amis les plus proches sont certes le Rabbin,
le Pasteur et l’Imam, car nous pouvons ensemble
discuter “ théologie “ sans querelle. Au plus haut
niveau spirituel tous les symbolismes se
rejoignent”…
-Il se plaisait aussi dans la belle église du Saint Esprit.
Ses discours pour les mariages, les baptêmes, les obsèques
étaient fort appréciés.
Sa rare culture s’accompagnait d’un précieux humour.
Fort bel homme dans sa jeunesse, comme le montre la
photo ci-dessous, il fut évidemment très entouré:
-“Le voeu le plus difficile à respecter est le
voeu de chasteté!!! Nous sommes constamment
assaillis par tant de grenouilles de bénitier”!
(note)
Note
Les “grenouilles de bénitier” sont certaines dévotes…
Amateur de bons vins et gastronome,
il offrit… un livre …de cuisine!!!…
Le “bas bleu” qu’ était la récipiendaire méprisa ce cadeau,
mais sourit en lisant la dédicace ci-dessous:
- “O bachelière
Qui m’es si chère
Ecoute cet avis:
Femme agréable
Et bonne table
Gardent l’homme au logis”!
Expert en l’art d’écrire et de dire,
Au cours des années, il composa aussi pour elle nombre de
petits textes sur les sujets les plus variés. Véritables joyaux
d’ érudition en même temps que d’humour . Hélas, ces
trésors furent perdus dans une malle, volée en gare de
Marseille en novembre 1945, dans les temps
troublés de la Libération.(note) Aujourd’hui,
si , par la magie d’Internet quelqu’un pouvait
retrouver ces documents , ce serait merveilleux!
Note -“ Me trouvant à Paris je ne pouvais rejoindre Alger
que par un avion militaire. Aucun bagage n’était accepté. Je
confiai ma grosse malle à une Agence. Elle contenait des
vêtements de Haute Couture, de Jean Patou surtout. Et
aussi des dictionnaires d’anglais ultra précieux , annotés de
page en page, sa vie durant, par un professeur de
l’Université d’Alger. Pourquoi n’avais je pas pris avec moi
les lettres de l’Abbé et celles de Françoise Giuliani-Rollet,
mon professeur de Lettres? Je ne pleurai pas les
vêtements de prix, mais les lettres et les
dictionnaires!
Dans les dernières années de sa vie il écrivait:-“J’ai une
grande barbe blanche maintenant. Je
ressemble au Père Noël”!
BAROLI Marc
(Alger circa 1923-Paris circa 2003)
Ami d’enfance.Agrégé es Lettres Normale Supérieure
rue d’Ulm, Paris ,
Haut fonctionnaire au Sénat.
Auteur de “La Vie quotidienne des Français
d’Algérie” (1830-1914)
et divers autres travaux dont “Le train dans la
littérature française”….
Nous nous étions retrouvés à Nice. Il avait accepté de
représenter l’UAALA à Paris (Union des Anciens et
Anciennes des Lycées d’Algérie).
Georges Bidault
Georges Bidault succéda à Jean Moulin en tant que
Président de la “Résistance en France” pendant
l’Occupation.
Sa grande fidèlité gaulliste cessa lors de diverses
décisions politiques du Général de Gaulle. Il vint à
Nice circa 1959 avec Jacques Soustelle et d’autres
compagons. Il fut mon voisin de table au banquet .
J’ai beaucoup appris ce soir là…
BILLECARD Robert.
Grand ami de ma famille. Je l’ admirais beaucoup.
( 1905 Alger+1944 en mer près Toulon )
Avocat de très grand talent. Lieutenant d’aviation de
réserve. Aide de camp du Général Bouscat Général
en chef des Aîles françaises . A réclamé une mission
dangereuse. Navigateur à bord d’un bombardier, a été
tué à bord de son avion au dessus de Toulon par la
DCA nazie, le 17 aoùt 1944. “Mort… Pour la France”…
BUSQUET Jacques.
(Lyon circa 1880-Cannes circa 1974)
Un être d’exception par son talent, sa simplicité, son
indulgence à mon égard. J’ai beaucoup milité avec lui
afin d’aider réfugiés et rapatriés à se réinstaller et
retrouver une vie normale. Avocat, ex Bâtonnier de
l’Ordre à Casaablanca, Maroc.
Auteur d’une magistrale thèse d ‘Histoire du Droit
consacrée au Droit coutumier corse:”Le Droit des
Paci”(Vendetta). Je fus sa Secrétaire générale,
“bénèvole et dévouée”(“Benedev”) au sein de
l’Anfanoma.
CIRUL Mila
(Riga 1901-Nice 1977)
Grande danseuse de l’Opéra de Moscou, l’une des
“chéries de Lénine”, Mila était une artiste complète.
Elle dessinait, peignait et sculptait aussi. Cette
polyvalence l’amena vers nous, au sein de la
Farca:”Fédération artistique de la Côte d’Azur ” dont
elle devint une sociétaire très active et attachante.
Agée de 72 printemps elle me demanda de danser à
l’occasion d’une fête que nous organisions à Nice
Hôtel Ruhl… Comment lui refuser???
-”Attention Mila, surtout ne tombez pas”!!! Mila ne
tomba pas! Bien au contraire,
heureuse, transfigurée dans ses voiles , ovationnée,
elle dansa une danse dite “révolutionnaire” avec un
immense talent…
Elle vivait d’une modeste pension et complétait ses
revenus en donnant des leçons de danse. Nous
avons été ses élèves éphémères, mes trois enfants,
Jean- Louis Romain, Colette et moi.
Des pigeons se répandaient dans l’unique et vaste
pièce Au son d’un gramophone, Mila officiant, nous
devions suivre ses indications et nous réjouir de ses
compliments sonores avec l’accent russe
:-”Bonnes ballerinas”… Bonnes ballerinas”!
Mila dut subir une chirurgie de la hanche. Pour éviter
les frais elle décida d’assurer elle même sa
rééducation.
Elle aimait me raconter certains épisodes importants
de sa vie. Ainsi, comment, à Moscou, se trouvant
derrière une fenêtre de l’Opéra, bien close en raison
du grand froid, elle avait aperçu un “moujik”(paysan),
vêtu de loques, se baisser pour ramasser une
quelconque nourriture enfouie dans la neige… Mila
put disitinguer une pomme de terre gelée.Un trésor
poour l’affamé qui tentait désespérément de s’en
nourrir.
Choquée, Mila décida de quitter un pays où de tels
faits pouvaient exister.
Elle réussit à se glisser dans u groupe d’Allemands
autorisés à rejoindre leur pays natal.
Le voyage dura des semaines dans différents trains
vétustes, inconfortables, que des voleurs de grands
chemins accostaient ,parfois pour dévaliser les
voyageurs… Cette aventure, Mila l’avait contée par
des dessins sur un carnet. Elle espérait que j’allais
pouvoir faire publier ces mémoires… Hélas je
m’intéressais à d’autres sujets…
Quels regrets aujourd’hui! Que d’occasions perdues…
Robert FOUICH
(Alger 1921-)Nice 2010)
ami d’enfance. Directeur de Préfecture. Organisateur
des Jeux Olympiques d’hiver à Grenoble, février
1968.
Directeur du Symival, chargé de l’organisation du
“Silicon Valley” français à Sophia Antipolis. Il prévoyait
ainsi la création de 20 mille emplois nouveaux. Il
publia plusieurs livres de référence à ce sujet.
Héros de la guerre 1939/1945,grièvement blessé à
Cassino. Plusieurs de ses textes relatent cette
terrifiante période. Dans ce blog sont aussi publiés,
auprès des miens, les souvenirs de son père
combattant comme le mien, aux Dardanelles, dans
l’Armée d’Orient , sacrifiée durant la guerre 14/18…
Robert Fouich, dit “Bobby”, fut un homme de courage,
de générosité, de fidélité.
Notre amitié dura sans altération pendant 72 ans
jusqu’à sa mort.
GRASSé Pierre-Paul
Périgueux 1895/Paris 1985.
Néo-lamarckien, il est l’auteur de “Toi, ce petit
dieu” et de “L’évolution du vivant”,mais aussi et
surtout un immense spécialiste de la vie des
animaux. Ainsi son “Traité de zoologie” en 38
volumes (Masson ).Son oeuvre est considérable.
Je ne l’ai rencontré qu’une seule fois.
C’était à Paris, au Louvre, Atelier des Arts
décoratifs où j’avais organisé, depuis Nice, avec
l’aide de ma fille Colette, et de la Ville de Nice, un
Festival de malacologie.
Il avait accepté, sur ma demande, de venir
prononcer quelques mots, montrant ainsi sa
générosité et sa simplicité.
GIULIANI
(voir à ROLLET)
LAMBOLEZ-WEINSTEIN Suzanne
Docteur en médecine, phtisiologue,Suzanne était une
survivante de la déportation. Elle avait obtenu la très
rare responsabilité de deux réseaux de Résistance.
La Gestapo vint la chercher sur dénonciation d’une
jeune femme de son groupe qui n’avait pu résister à
la torture.Suzanne était une belle jeune femme mince
et élégante.Elle put survivre mais dans quel état!
Soufflée, gonflée, par les traitements qu’elle avait
subis. Elle ne trouvait de réconfort qu’en nageant en
mer. Son mari était un Agent de Voyage, ce qui lui
permettait des séjours à la Réunion . En nageant elle
ne sentait plus le poids de son corps…Elle entretenait
à Paris un aquarium extraordinaire, logé dans une
vieille caisse de télévision. Là, parmi d’autres
créatures marines évoluait une superbe crevette des
Tropiques: l’Hyménocéras elegans… Elle ne se
nourrissait que d’étoiles de mer…Les marchés de
Paris ne pouvant plus en fournir à Susanne, j’eus la
mission d’en trouver à Nice et sa région. C’est le club
du Spondyle, à Antibes-Juan Les Pins, avec son
président, Daniel Mercier, qui put aller pêcher en
direct la précieuse nourriture. Air France ensuite fit
diligence…
Suzanne collectionnait les coquillages, à l’époque de
mon musée de de malacologie à Nice..
De passage à Paris, ma fille Colette et moi nous
avions raté le départ de notre avion pour Nice. Envolé
avec nos bagages… Il nous restait une brosse à dents
et deux tubes dentifrice!!! Il était près de minuit. Où
aller? Suzanne ne dormait pas. Elle nous accueillit
généreusement , vida son réfrigérateur, ouvrit son
grand lit pliant, sortit des pyjamas. Elle nous rendait
visite à Nice. Elle adorait les casinos, et jouer, jouer,
jouer, pour oublier…
Elle portait au cou un médaillon contenant les pilules
qui la sauvaient à chaque attaque cardiaque… Elle ne
put survivre à l’une d’entre elles.
Elle était fière de sa Légion d’Honneur.
La jeune femme qui l’avait dénoncée l’avait obtenue
avant elle. Jamais Suzanne, à son tour, ne la
dénonça: son coeur et son esprit étaient trop
généreux, trop indulgents et compréhensifs pour
s’abaisser à une, pareille action.
Suzanne Lambolez-Weinstein, une admirable grande
dame.
Dans son abominable camp de femmes elle avait pris
la mesure des vanités humaines!
Elle m’a confortée dans l’idée qu’une vie ne peut être
pleine et valable sans souffrance…
LEGRAND de PERETTI Charlotte
voir à PERETTI (de)
MARTIN Théo
Théo Martin fut la très brillante Présidente de
l’Alliance française à Nice.
Poètesse, journaliste, elle avait son émission à la
radio. Elle organisait des rencontres culturelles,
boulevard Dubouchage, dans une charmante salle
de petit théâtre dans le centre de la ville, l’Artistique,
dont l’acoustique était discutable. Elle a été
remplacée par un musée de la photographie et
image .
J’eus l’occasion d’offrir diverses conférences sous son
égide.
OZENFANT Amédée
voir les textes sur Ozenfant dans ce blog.
PERETTI (de) Charlotte Paule
Bône:Anaba Algérie 1889- Nice circa 1967)
Merveilleuse personne qui savait réunir autour d’elle
et de son sourire bienveillant et charmant, un cercle
d’amis de plus en plus important, et de qualité de
coeur et d’esprit. Cantatrice, amateur d’art , nous
l’appelions ‘tante Lotte”… Inoubliable amie…
RANDAVEL-VENDRELY Colette
Une des plus bnrillantes universitaires provenant de l
ex-’Algérie française, formée au départ par les
professerurs du lycée pilote Fromentin, mention Très
Bien au Bacc maths. Finalement à son tour Prof. de
Médecine et Chercheur au CNRS. Colette réussit
d’importants travaux de mutation . Elle nous fit l’amitié
et l’honneur de nous rejoindre à Nice lors de notre
célébration de “25 Ans après”, en janvier 1987, Hôtel
Plaza.
Elle nous fascina par l’objet de ses recherches
d’alors: la minuscule sonde qui irait rechercher et
détruire les mauvais gènes dans les cellules du
système humain.
RICARD Robert
Successeur de Henri de Castries et Pierre de Cenival
dans l’élaboration des fantastiques
“Sources Inédites de l’Histoire du Maroc”,
ce grand hispanisant français, fut aussi un être
humain exceptionnel de générosité, indulgence,
compréhension. Il était ausi un grand chrétien.
J’eus le privilège de le rencontrer lors de ma passion
pour l’Histoire du Portugal et du Maroc. Il eut
l’indulgence de m’encourager.
ROLLET Françoise
Françoise ROLLET, épouse, puis veuve de Ange
GIULIANI fut mon professeur de Français au Lycée
Fromentin d’Alger, de la 6ème à la 3ème incluse.
Elle demeura ensuite mon amie jusqu’à la fin de ses
jours.
Son influence sur mon jeune esprit fut essentielle.
Agrégée de Lettres, Sévrienne, elle se disait
“Voltairienne.
Son fils Jean François Giuliani, fut Secrétaire général
des pays francophones au sein de l’ONU.Il avait été
formé par le Lycée français de Londres.
VALERO François
(Alger 1910-Nice 1990)
“L’ intimité de la vie avec des êtres de qualité est ce
qu’il y a sur la terre de meilleur”…Il fut le père de mes
deux fils, mon mari pendant quarante ans. Formé par
l’Ecole supérieure de Commerce d’Alger, il avait créé
des fabriques de peintures modernes pour bâtiment,
dans trois villes, Alger,Oran, Casablanca. Une des
intelligences les plus vives que j’aie pu rencontrer. Un
sportif polyvalent des régates à la voile vers le golf ,
le hockey, le ski, le tennis et autres…Un oenologue
aussi. Les vicissitudes de l’Histoire minèrent sa santé.
Hommage aux Disparus. N°2.
Du Colonel Pierre BATTESTI
A
Juliette Sebaoun.(Yael Caroz).
-Pierre BATTESTI
Il fut notre Président « Anfanoma » dans les années 1958…Compagnon de la Libération. Personnalité chaleureuse et très discutée. Homme de courage évidemment. Le bâtonnier Jacques Busquet, l’un des fondateurs de l’Anfanoma, , était alors en charge de la région Côte d’Azur,. Présidente section Nice, j’étais aussi sa secrétaire générale, « bénévole et dévouée», dite « Benedev »…Ensemble nous avons travaillé à temps plein dans l’espoir d’aider nos compatriotes, désemparés à juste titre…
- Yves Betolaud
époux de ma cousine germaine Andrée Perret.
Magnifiques tous deux.
Fut notre Grand Forestier : directeur de l’ONF,de 1974 à 1982. Gràce à lui les fonds sous marins de Port Cros, protégés, ont repris leur vie enchantée : faune et flore de nouveau apparaissent comme autrefois, avant la pollution et les chasses excessives …
Il débuta sa carrière dans le sud marocain, à Tiznit. Sous sa direction furent plantées ce qu’il appelait dès le départ « des forêts » et qui, à nos yeux, n’étaient
que minuscules plantes… Dans cet extraordinaire pays où tout pousse très vite à condition de recevoir l’eau nécessaire, les petites pousses ont devenues enfin les véritables forêts, appréciées par les habitants du secteur qui surent inviter amicalement Yves et sa famille pour le remercier chaleureusement du travail accompli…
-Gérard Bodenheimer
- -fut notre lecteur d’allemand à l’Université d’Alger
(1943-46).
-Né à Munich dans une famille de juristes.
- Inquiet devant la progression du nazisme, son père l’incita à rejoindre à Alger un poste de vice consul d’Autriche. Il enchantait de son violon les soirées du Consulat.
-L’Anschluss lui enleva ses fonctions. Il se retrouva, guide touristique clandestin dans le Vieil Alger.
- Arrêté comme Allemand au début de la guerre 1939/45, envoyé dans un camp de prisonniers dans le sud algérien, maltraité parce que « juif ».
-Libéré lors de l’armistice (1941) mais, de nouveau inquiété par la Commission d’armistice germano-italienne antisémite, il retrouva sa liberté après le débarquement allié en novembre 1942.
-L’Université d’Alger lui offrit un poste de lecteur d’allemand…
Me trouvant parmi ses élèves je l’écoutais nous raconter ses aventures et celles de ses parents. Son père ne pouvait croire que Hitler « oserait » s’attaquer à eux. Hitler osa ! Les parents furent envoyés à Auschwitz. Le père y mourut rapidement. La mère, chargée d’un petit emploi à la poste du camp , put survivre gràce aux six morceaux de sucre quotidiennement reçus pendant plusieurs années.
-Gérard Bodenheimer obtint son Doctorat es Lettres français avec sa thèse sur « Kafka ». Il y cite le petit poème que j’écrivais alors :
-« Pourquoi toujours vouloir se plaindre et raisonner ?
Attendre le soleil lorsque, dans la nuit sombre,
L’horizon est si noir qu’on se sent étranger
C’est déjà s’éclairer et sortir de son ombre…
Pourquoi vouloir toujours se plaindre et raisonner » ???
-Il demanda la nationalité française et l’obtint enfin après quatorze ans d’attente ,de vexations, et de démarches…
-Jean BOURET
Grand journaliste , issu de la Résistance. Je fis partie de son équipe « Arts et Lettres », comme simple pigiste, au Journal « Ce soir » le plus important journal parisien lors de la Libération, avec ses cinq éditions, de »A » à « E ».
Et surtout apprécié pour son restaurant, sur une belle terrasse.
Un soir, Jean Bouret invita son équipe à féter son départ en vacances. Nous devions découvrir un pianiste américain aveugle, au piano, dans une « boîte de nuit » de Montparnasse. –« Pourquoi rester debout au bar » ? demandai-je innocemment…Nous descendîmes donc pour nous installer devant une table ronde, ornée d’une nappe en papier marron. Bouret fit les présentations…Je me rappelle surtout celle-ci :
-« Voici le dernier représentant de la peinture surréaliste espagnole ! »
L’artiste ne cessait de gribouiller sur le papier kraft de la nappe… Bouret, ensuite, religieusement découpait les œuvres…
La conversation était animée surtout par la propriétaire d’une galerie d’art en renom…Puis le pianiste américain aveugle nous enthousiasma par son talent …pendant des heures.Il fallait enfin se séparer… Jean Bouret dut payer…La somme était telle que tout l’argent prévu pour ses vacances y passa Il prit cela avec sourire et bonne humeur…
-Yael Caroz (cf. Juliette SEBAOUN)
- Romuald Dor de la Souchère
Il était le conservateur du musée Grimaldi, d’Antibes, devenu sous son autorité le Musée Picasso.
Pendant la guerre où l’artiste manquait de tout, il l’hébergea, lui donna les moyens de s’exprimer sur d’autres matériaux, bien souvent, que la toile.
Lors de la préparation de mon document « Peintres et Sculpteurs » de la Côte d’Azur, je lui rendis visite et lui exposais mon projet. Il m’en félicita, m’encouragea, et tout à coup me tint, textuels, ces propos :
-Vous êtes belle ! Peignez, je vous expose » !
Bien que lucide et sans aucune illusion quant à mes talents de peintre, je rentrais chez moi où m’attendaient quatre enfants affamés.
« Nous allons peindre tous ensemble, leur dis je. Choisissez le sujet » !
Qui donc proposa :-« Rose au travail » !
Rose, en robe noire, bonnet blanc, et tablier de dentelle, était notre ancillaire factotum qui en fait régentait tout dans la maison et n’en faisait qu’à sa tête mais me dispensait des travaux ménagers que j’exécrais.
Les quatre apprentis et moi autour de la table, nous voilà préparant nos oeuvres . La mienne ne dépassait pas les possibilités d’un enfant de cinq ans Evoquant la maison familiale :je la nommais « La Pata »(étymologie inconnue)… L’ensemble de ces travaux fut exposé sur le grand mur de la salle à manger avant de rejoindre éventuellement les cimaises du musée d’Antibes.
Rose, furieuse devait tout jeter au panier en notre absence.
Je devais revoir Dor de la Souchère lors d’une exposition de peinture organisée avec Fred Zeller.
La Souchère parla de Picasso, son grand ami qu’il ne pouvait plus revoir en dépit de ses efforts. La nouvelle épouse du grand artiste, Jacqueline, jalouse de tout et de tous, tenait éloignés tous ceux et celles appartenant au passé de son mari.
Je vis pleurer Dor de la Souchère, évoquant ces faits…
Juliette SEBAOUN
(Voir à Yazel Caroz)
sur la photo de groupe scolaire ci dessous, Juliette est assise,sur une chaise, à l’extrême droite du second rang.
- Juliette Sebaoun 2ème rang, assise, à droite.
Lycée Fromentin, année 1933/34.
Nous nous sommes rencontrées, Juliette et moi, sur la plate-forme arrière de l’autobus réservé qui amenait les élèves, du centre ville à leur lycée « pilote », dit « Lycée d’en-haut », puis « Lycée Fromentin. »
La France lui envoyait les meilleures de ses enseignantes qu’à cette époque les élèves admiraient et respectaient…
Sympathie immédiate entre Juliette, très « typée »,
aux yeux noirs profonds et moi, aux yeux bleu- clair.
Toutes deux, vêtues pour l’occasion très spéciale de la « Rentrée des Classes » qui se faisait, traditionnellement, toujours le 1er Octobre. En dépit du climat encore fort chaud à Alger à cette date, nos vêtements étaient prévus pour l’hiver et nos chaussures, « Richelieus » de cuir marron, solidement lacées par des mères autoritaires et attentives.Nous avions dix ans, l’une et l’autre.
Après notre première initiation aux études secondaires de série « A »(Juliette devait passer ensuite en « B », plus moderne), à la récréation je l’aperçus, pleurant, adossée contre un des nombreux pins maritimes qui ornaient les jardins, indifférents aux longues séries de chenilles processionnaires… Je courus vers elle, et lui tapais sur l’épaule, en criant :
-« Tu l’as »…
pour l’inviter à courir avec moi…Elle ne se fit pas prier, sécha rapidement ses larmes pour retrouver le rire de l’enfance.
Plus tard elle me confia la raison de son grand chagrin.
D’autres cruelles, l’avaient repoussée avec les injures du temps…
Notre amitié dura toute sa vie, jusqu’à cet affreux cancer des glandes salivaires, héritage de Tchernobyl, paraît-il…
Auparavant que d’histoires avec elle à inscrire dans la grande histoire !
Nous nous retrouvâmes en classe de philosophie. Sous la direction de Marcelle Sicard, éblouissante pédagogue (qui devait plus tard épouser le grand existentialiste Jean Wahl) Juliette était notre « crack ». Intelligence profonde, supérieurement douée… Les profs nous promettaient, à l’une et à l’autre, une agrégation dès l’âge de 22 ans. Nous vivions pour nos études en ces temps troublés par les menaces de guerre et de persécutions…
Après l’armistice une Commission germano-italienne siégeait à Alger.
Au moment de l’appel des élèves, un matin, deux émissaires inconnus s’installèrent dans notre classe.
-« Qui est juive ici ? Levez vous » ?
Trois élèves, dont Juliette se levèrent.
-« Vous n’êtes plus autorisées à suivre les cours . Prenez vos cartables et partez ».
Cœur serré, je vis Juliette quitter la salle avec les autres…
Ma seule réaction possible fut mon refus de lever le drapeau le lendemain matin…
Juliette put cependant obtenir son diplôme. mais un décret ne permettait qu’à 3% de la communauté juive de poursuivre des études universitaires.
Les jeunes filles se sacrifièrent en faveur des garçons…
Réaction des parents : marier les filles !
Pour une personnalité aussi rare, aussi douée que celle de Juliette, pour tous les rêves d’avenir échafaudés avec l’appui, le soutien de professeurs admirés, quel drame !
Quelle mutilation . « Poètes assassinés », c’est ce que nous fûmes.
Nous avions été formées par nos professeurs. Leur influence l’emporta, et de loin, sur celle de nos familles, sur nos jeunes esprits!
Invités au mariage je vis mon amie disparaître sous un grand voile blanc chargé de symbolisme…Je pleurais…
Je pleurais pour elle, je pleurais pour moi, bien que mon sort fut différent…
Fort heureusement, le débarquement allié vint nous libérer, dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942.
Une « résistance » juive s’ était organisée à Alger. Un envoyé de Palestine, Yacob Carroz, y fut reçu pour exposer les projets d’un nouvel Etat juif.
Juliette assistait à cette réunion.
Pour Yacob elle représentait tout son idéal féminin.
Pour elle il était illuminé de gloire et d’espérance.
Pour elle, que d’espoirs, de nouveau…
Comme moi elle ne pouvait vraiment vivre sans sa liberté.
« Freedom » dit on aujourd’hui !!!
Mais comment retrouver cette liberté perdue lorsqu’on est déjà « mère de famille » à 19 ans ??? Essayer de garder avec soi l’enfant… Mais comment ? Lorsque les familles se le disputent et préfèrent chasser la « coupable »… …
Juliette se réfugia chez moi. Tenta d’obtenir son divorce, civil et religieux sans y parvenir.
L’année 1948 arrivait ! Avec la date de fondation d’Israël.
Comment ne pas inciter Juliette à partir là-bas, participer à la fondation d’un nouvel Etat, idéal, moderne…
Et, là bas, les Pouvoirs lui accordèrent son divorce, car, pour eux, elle faisait le bon choix.
Nous n’avons pas cessé de nous écrire…
De loin je suivais l’évolution de cet Etat, les espoirs, les déceptions de ses fondateurs…
Lors d’un long séjour à Paris de son nouvel époux, diplomate, elle reprit ses études, devint professeur de français à l’étranger et fit carrière au Lycée de Tel Aviv.
-« L’idéal au quotidien peut être extrêmement difficile » , m’écrivait elle.
Elle ne cessait de déplorer de n’avoir pu garder avec elle sa petite fille. Elle pleura si souvent devant moi…
Deux autre enfants vinrent au monde, un garçon et une fille.
Elle publia des poèmes, et une thèse sur Myriam Harry…
Fidèle, honnête, elle n’oublia jamais et ne renia jamais ses racines culturelles françaises.
Elle suivit son mari, Ambassadeur d’Israel à Athènes, puis important journaliste .
Hélas un Alzeimer brisa la magnifique intelligence de Jacov. Elle le suivit jusqu’au bout.
Vint me voir à Nice et à Paris.
Un matin je reçus un appel téléphonique et crus reconnaître sa voix. C’était celle de sa fille qui m’annonçait le décès de sa mère…
Je suis heureuse aujourd’hui, de pouvoir témoigner et rendre hommage à Juliette Sebaoun, devenue Yael Carroz, enterrée en Israel auprès de son époux Jacov Carroz ainsi qu’elle le souhaitait..
Fred Zeller
- Artiste peintre. Illustrateur. Imagier.
( Paris 1912-Bergerac 2003)
Nous avons maintes fois collaboré, soit pour l’organisation de conférences qu’il prononça sous l’égide de la FARCA, soit pour diverses manifestations artistiques, de 1960 à 1973.
Nous avions en commun le goût des petits musées qui nous paraissaient beaucoup plus pédagogiques que les grands.
Fred Zeller, intrigué par la préparation de mon document” Côte d’Azur, Peintres et Sculpteurs” avait tenu à venir dans mon bureau de l’avenue Foch, à Nice, me poser quelques questions.
Il comprit rapidement mes intentions sociales et culturelles et non mercantiles et rédigea le texte consacré à Eze-Village , pages 87 à 89 de cette publication.
Une anecdote amusante:
J’avais toujours rêvé, depuis mon enfance , d’offrir des livres lors des Distributions de Prix des Lycées.
L’occasion m’en fut enfin donnée, à Nice, au Lycée Calmette, dont la Directrice, Mme Alata, était une amie. Ce lycée, à l’époque; ne recevait que des filles.
Mon document sur les “Peintres et Sculpteurs” venait d’être publié. Ma proposition d’en offrir quelques uns fut acceptée chaleureusement…
Quelques jours plus tard, Mme Alata souhaita me parler.
Embarrassée, elle m’expliqua l’impossibilité d’offrir ce document aux élèves …En raison de la reproduction d’ une oeuvre de Fred Zeller :”la noce devant le photographe”…Les deux jeunes mariés apparaissent là en tenue… d’Eve…
Fred Zeller fut par la suite convoqué en justice, à Menton sur les accusations d’un plaideur dépourvu d’humour…Avec d’autres je lui apportai mon soutien . L’affaire n’eut, pas de suite. L’oeuvre entra dans les précieuses collections de Raymond Loewy.
Sur les hauteurs d’ Eze-Village Fred Zeller avait créé un charmant musée dont l’exposition se composait de sortes d’enluminures relatant l’histoire de ce village. Bien malheureusement ce petit chef d’oeuvre disparut un jour …comme disparut aussi mon musée de malacologie à Nice…
La magie d’Internet m’a permis de prendre une aimable revanche en présentant sur ce blog un “musée de malacologie virtuel”. Je vous invite à lui rendre visite…


