Première partie de l’
Histoire de Zahar :
(« de sa naissance à sa rencontre avec Mohammed le Cadet, futur El Mahdi le Saàdien »)
avec notes bibliographiques.
Zahar,l’esclave ouolof
(1486- vers 1513)
Personnage historique de l’aventure noire…
« De l’esclavage aux plus hautes fonctions du royaume »..
Première partie de l’Histoire de Zahar :
(« de sa naissance à sa rencontre avec Mohammed le Cadet, futur El Mahdi le Saàdien »)
avec notes bibliographiques.
Souvenirs de Zahar l’esclave ouolof
1486-1513
Tagmadert, oasis du sud marocain,
dans les premières années du 16 ème siècle.
Près de la source sacrée, Zahar, (note 1), jeune et belle esclave ouolof, immobile, perdue dans sa réflexion, ne peut imaginer son futur destin. (note 2).
Zahar l’Ouolof, (n. 3), en un instant de rare et fugitif bonheur volé aux travaux domestiques, savoure dans la paix de la source sacrée un nouvel espoir.
Son jeune maître, le chérif « Mohammed le Cadet », vient de lui confier sa curiosité et comment elle pourra l’aider dans ses ambitions.(n.auteur)
Il lui demande de rassembler pour lui ses souvenirs. Il veut savoir comment vivent et se comportent les gens puissants des villes de son pays.
Note auteur :
Cf. « El Mahdi, le Saàdien ».
Zahar a travaillé chez plusieurs d’entre eux. Elle sera son œil précieux.
Seule au centre des éléments, toute entière confondue avec ciel, terre, soleil et eau dont la caresse file entre ses doigts, l’esclave, en évoquant le jeune chef, entend son
cœur battre plus fort et plus vite. Pour lui, elle s’efforce de se remémorer les scènes et les faits dont il se montre avide.
Mohammed le Cadet est un fquih, un savant, les serviteurs le colportent. Il est aussi un hadj, il a effectué le pèlerinage à La Mecque. Comment peut-il vouloir apprendre de sa misérable esclave ? Il faut qu’il soit insatisfait, toujours assoiffé de savoir, non seulement de celui qu’on trouve dans les livres, mais aussi de tout ce que peuvent transmettre les plus humbles des êtres.
Il l’a passionnément interrogée:
-« Comment vivait-elle à Safi ? Quelles étaient les habitudes du caïd ben Ali ? Combien d’esclaves employait-il à son service ? Comment se comportait-il dans la routine quotidienne et lors des grandes réceptions ? Comment avait-il organisé son harem?(note 4). Et les Chrétiens ? Comment vivent-ils ? Zahar a-t-elle rencontré des serviteurs de leur grand allié, le Berbère Ou Ta’Fouft, dont l’influence pernicieuse commence à se diffuser dans les territoires du sud, dans des milieux jusque-là irréductibles ? Et à Massa, chez son précédent maître, Hammou Ben Barka, (note 5), ce notable séduit puis déçu par Emmanuel 1er, qu’a-t-elle vu, entendu, retenu» ?
Zahar craint fort de ne savoir répondre convenablement à ces questions. Elle s’inquiète, mais comprend l’intérêt qu’elle peut représenter aux yeux de son jeune maître. Elle imagine
l’amélioration de son état misérable, qui s’ensuivrait, si elle était capable de lui transmettre ses expériences de façon précise.
Zahar se redresse, s’adosse à un tronc de palmier. Le visage dans les mains, les coudes sur les genoux, elle ferme les yeux et dans un violent effort, interroge son passé dont
les images défilent en désordre dans sa mémoire.
Esclave, elle est née de parents esclaves, selon la volonté de Dieu. Rien ni personne ne saurait la modifier. Il ne sert à rien de geindre ou blasphémer. Mektoub ! Son destin est de servir des maîtres successifs, au cours d’une vie de nomade, ballottée d’un lieu à un autre, d’une maison à une tente, de la ville au désert. Dans quelques jours, elle devra quitter la grande maison de pisé, à pied, en courant entre les dromadaires et les chevaux de la caravane, sur la piste poudreuse, jusqu’au village inconnu de Tidsi du Sous.
Le jeune Chérif lui accordera peut-être une monture, un petit âne, pour l’aider à épargner ses forces. Il semble vouloir les réserver surtout à la recherche, et au compte-rendu de
souvenirs oubliés. Zahar doit les extirper de sa mémoire si elle veut contenter Mohammed le Cadet. Un petit âne, voilà son désir, la récompense qu’elle souhaiterait recevoir pour
ses services !
Yves Matte painted Nice, France,1992.
Vite, Zahar interroge son passé.
Jusqu’à ce jour depuis sa naissance à Safi, vingt-sept années plus tôt, elle n’a jamais eu à trop se plaindre.
Elle n’a jamais été vraiment maltraitée. Sa chance lui a permis d’échapper aux durs travaux de la terre ou du bétail. Elle l’a toujours placée auprès des maîtres, dans leur maison, à leur service personnel. Peut-être, et c’était l’avis de ses parents, en raison de son visage plaisant, de son intelligence éveillée prompte à saisir et à enregistrer
les mots nouveaux, prononcés par les puissants.
La musique des termes et des expressions l’enchantait.
Sa mère, son père occupaient sans cesse son souvenir. Au contraire de leur fille née en esclavage, tous deux étaient nés libres Ouolofs. Capturés jeunes et robustes, alors qu’ils ramassaient du bois sur la plage de leur territoire natal, par des trafiquants de Castille, ils avaient été vendus sur le marché de Safi.
La femme, parce qu’enceinte depuis plusieurs lunaisons, représentait le double du prix habituel . ( note 6). Les marchands d’esclaves ne l’avaient pas séparée de son compagnon. Tous deux formaient un couple parfait, une unité pour le plaisir des yeux et pour le travail. Ensemble, ils furent examinés, palpés, toisés, pesés, et finalement acquis, après palabres et marchandages, pour le compte du caïd de Safi. Sa concubine favorite, Amanitère, était elle-même
Ouolof .
Le maître était débonnaire mais exigeant. Ses serviteurs, nombreux. On en comptait près de 200. Chacun devait accomplir une tâche bien définie. Dès le réveil du caïd, le
matin, ils défilaient devant lui en lente procession, l’un suivant l’autre, chacun porteur d’un plat différent, afin d’assurer à leur maître selon un rite précis, un bon début de journée par le service harmonieux du premier repas.
Zahar note en sa tête que cette habitude peut intéresser Mohammed le Cadet. Lui-même se nourrit le matin à la hâte de quelques dattes et de lait de chamelle.
Au début, les parents de Zahar, nouveaux arrivés dans la place, s’étaient vus refoulés au fond des cuisines, à la préparation la plus modeste de ce déjeuner, sous les ordres des serviteurs les plus anciens.
Le père devait se lever à l’aube, au premier chant du coq, avec l’ordre de se rendre sur une falaise qui dominait la mer. Là, se trouvaient les écuries et la réserve de bois, bourrée de grosses bûches à fendre à coups de massue, pour alimenter durant toute la journée les fours d’argile. Les femmes y cuisaient les galettes de semoule à l’huile d’olive, les tajines de pigeon ou de mouton, les gâteaux au miel, jamais suffisamment nombreux pour satisfaire le maître.
Le caïd Ahmed ben Ali tenait table ouverte. Il recevait sans cesse les chefs des diverses tribus, les commerçants chrétiens les plus influents, les représentants de souverains étrangers et ses amis personnels qui formaient autour de lui une véritable cour, intéressés par ses libéralités.
Zahar prévoit de préciser à son jeune maître comment le vieux caïd accueillait ses hôtes de marque. Les femmes ne paraissaient jamais évidemment, mais, avant de s’enfermer dans leurs chambres, participaient le plus souvent à la confection de mets délicats.
La nourriture ne manquait pas aux cuisines où tous les restes affluaient. Zahar, près de la source, revoit les amas de couscous, méchouis, pastillas croustillantes, gibier de terre et d’air, poissons innombrables, pâtisseries et confiseries variées où excellaient cuisiniers juifs et turcs. Au plaisir que lui procure cette évocation, elle comprend qu’à Tagmadert, la faim la tenaille. Il n’est pas question ici de dilapider pour des aliments luxueux les offrandes reçues de misérables tribus. À Tagmadert, tout est fruste et rustique et contraste avec les facilités de la douce vie de Safi. Zahar le dira au jeune Chérif.
Elle ne lui contera pas la désespérance de sa mère, lorsque, refoulée au fond des cuisines, elle s’épuisait sur le sol battu à laver sans cesse à grande eau, à étancher de vieux linges, accroupie sur les genoux, derrière en l’air, tête baissée sur les rebuts des viandes et des épluchures à enlever. Elle n’entendait plus que les cris des domestiques, leurs querelles permanentes et les ordres contradictoires des femmes chargées de surveiller son travail.
Sa tête s’emplissait de visions sordides, prolongées par des nuits de cauchemars où elle se rêvait au niveau des chiens, au ras du sol, obligée de partager leur pitance, de la leur disputer, de gronder, comme eux, en remontant ses lèvres
sur ses canines. Vivant comme une bête, elle sentait ses forces de résistance humaine diminuer, jour après jour. Elle s’abandonnait à ses misères, soumise aux coups, aux babouches de cuir dur lancées sur sa tête à la volée. Elle oubliait l’effort de se coiffer, de se laver, souhaitait la mort de tous ses vœux. Cependant, jamais l’enfant qu’elle portait ne manqua de soins, puisant pendant deux ans toute sa substance des seins maternels, ballottée sur son dos, retenue par un linge. Années infernales que, plus tard, Zahar devait entendre souvent évoquées par sa mère en des temps meilleurs.
La chance s’était en effet présentée par miracle. Un matin faste, Amanitere, la concubine ouolof du vieux caïd, commanda aux cuisines une spécialité de son pays à base de dattes translucides. Les confiseurs s’efforcèrent de satisfaire ce caprice vainement. Chaque fois, les plats revenaient accompagnés des reproches exaspérés de la concubine qui promettait le fouet aux incapables. Le chef des confiseurs, à bout de ressources, abaissa son regard sur l’esclave noire tout occupée à terre au lavage des récipients, le bébé endormi sur son dos.
-«Tu es Ouolof comme la concubine.Sais-tu exactement ce qu’elle réclame?Si tu le sais,es-tu capable de la satisfaire?» La mère de Zahar en était capable. Ce fut sa chance. Des ordres l’envoyèrent au hammam, d’autres l’enveloppèrent de vêtements propres. De souillon, elle fut promue pâtissière, affectée au service de la favorite qui la prit sous sa protection ainsi que sa famille.
Près de la source de Tagmadert, Zahar lève les yeux vers les palmiers dattiers. Elle aussi, à son tour – et cela, elle le dirait à Mohammed le Cadet – est capable de préparer les friandises enseignées par sa mère. Elle revoit les mains fines au travail, pétrissant la pâte avec soin, faisant naître des formes effilées d’une boule compacte dans des parfums de fleur d’oranger qui redonnaient le goût de vivre.
Là étaient ses plus anciens souvenirs d’enfance à Safi chez le caïd ben Ali.
C’était une vaste maison. Bâtie en pierres de taille récupérées sur une importante ruine antique. Épaisses portes de bois cloutées, jardins intérieurs égayés de fontaines, palmiers nains décoratifs en gerbes grêles, fleurs de toutes couleurs, plantes vertes et grasses souvent hérissées d’épines, et oiseaux précieux dans des cages dorées.
Une galerie circulaire à colonnes protège de l’excès de soleil ou des rares pluies d’hiver. C’ est un univers clos, à l’abri du reste du monde et de la ville elle-même.
Au bord de la source de la lointaine oasis où son destin l’a transportée, Zahar évoque le souvenir de son premier maître, qui flotte, imprécis, diffus dans sa mémoire.
Le caïd accueillait volontiers dans sa ville les marchands de toutes origines qui n’hésitaient pas à s’installer à Safi. !note 7).Leur sécurité, assurée, permettait le développement de toutes sortes de négoces au long de générations de familles chrétiennes. Elles avaient pu vivre sur place, sans jamais retourner dans leur pays d’origine, et y mourir aussi. Un cimetière, selon leur culte, abritait leurs sépultures.(note 8).
Ben Ali se plaignait souvent de n’avoir pas procréé d’héritiers mâles. Il devait se contenter de deux neveux rivaux. Leur l’ambition croissait en même temps que déclinaient ses propres forces et sa volonté. (note 9).
Son neveu favori, Es-Zayyat, trahissait sa confiance en intriguant auprès du roi de Castille. Le deuxième neveu, Abd er Rahman, s’alliait aux Portugais. Il obtenait l’appui de la reine mère elle-même (n. 10).
Tous les serviteurs, et nombre des habitants de Safi, avaient eu vent des tractations des neveux.
Ben Ali, le caïd, restait seul à les ignorer.
Ou Ta’Fouft.
Le futur grand ennemi des chérifs, le berbère Ou Ta’Fouft, n’était alors qu’un adolescent, ami d’un neveu d’Abd er Rahman. (n. 11)
-« Mon jeune maître préférerait certainement que je lui parle surtout de Ou Ta’Fouft, mais je ne me trouvais plus à Safi lorsqu’il s’empara du pouvoir », regrette Zahar.
Le père de Zahar, qui travaillait aux écuries, n’ignorait pas les menées des neveux du caïd. Les palefreniers et les esclaves qui tenaient l’étrier se trouvaient les mieux placés pour entendre les conversations échangées entre les maîtres avant de se mettre en selle (n. 12).
Devant eux, comme devant leurs chevaux, les maîtres parlaient de tout sans défiance, les assimilant aux animaux domestiques.
Les esclaves, nés en esclavage de parents esclaves, partageaient cette conception et l’acceptaient totalement. S’entendant traités de stupides bêtes, ils riaient stupidement et se sentaient stupides.
Seuls ceux qui étaient nés libres contenaient leur révolte intérieure, mais tous avaient appris une règle essentielle :
leur langue devait rester muette, ils devaient afficher la plus parfaite impassibilité, entendre n’importe quel secret en feignant de ne rien écouter et ne rien colporter s’ils tenaient à la vie. En cas de situation extrême, ils savaient aussi qu’il fallait nier, nier encore et nier toujours, seule façon de conserver une chance d’échapper à la mort. Cela restait secret d’esclaves et Zahar n’en révélerait rien à son maître.
Près de la source de Tagmadert, les images les plus anciennes de l’enfance de Zahar continuent de défiler sous ses yeux clos.
La majestueuse barbe blanche de ben Ali, son bâton d’olivier sculpté de fleurs, d’oiseaux et d’animaux sauvages sur lequel il s’appuyait, courbé par les douleurs de l’âge, les broderies de fil d’or de ses babouches de filali rouge parfumé et le vêtement de soie dorée dans lequel il semblait flotter sous son énorme tarbouch.
Dès l’âge de quatre ans, la petite fille avait été préposée au service du premier repas. En tête de la procession des serviteurs, elle devait tenir à pleines mains une corbeille légère contenant une épaisse galette de semoule salée.
Étant ainsi la première que le maître apercevait, le charme de son enfance le rafraîchissait dès son réveil. Il aimait plaisanter et répéter, sans se lasser, une boutade de son cru -« Voilà ma ration de chair fraîche ! »
Cette plaisanterie le faisait rire aux larmes. Le nom de la petite Ouolof était le premier de la journée que le caïd voulait prononcer pour attirer sur lui la chance et la félicité. « Zahar » était un nom fétiche, un nom qui portait bonheur, comme ceux de tous les esclaves attachés au service du matin (n. 13). Profondément superstitieux, ben Ali mêlait toutes les pratiques connues de lui, européennes, berbères, islamiques, pour se protéger du mauvais sort. Sous sa blouse, il portait diverses amulettes dont une main d’argent. (n. 14)
Auprès de lui, la petite Zahar était vraiment favorisée aux dires de ses parents. La chambre qu’elle partageait avec eux, non loin des logements du caïd et de ses femmes, était spacieuse et éclairée. L’eau d’une fontaine proche ne manquait pas pour les ablutions. Le caïd, qui ne supportait pas les odeurs de sueur, avait même ordonné que le hammam fut réservé une fois par mois aux serviteurs.
Le hammam.
Le hammam signifiait à la fois joie et peur pour l’enfant. Les femmes avaient leur jour réservé, différent de celui des hommes, sous la surveillance des plus âgées.
Le local, proche de la maison du caïd, comprenait un vestibule, une grande salle circulaire au plafond ouvert par où passait la lumière, des murs peints à la chaux bleue, un sol de terre battue où l’on déroulait des paillasses.
Passée la grande salle, venaient des couloirs où il fallait se dévêtir, sous la surveillance d’esclaves chargées de ce service. Une salle chauffée en précédait une autre, plus chaude encore. Enfin apparaissait l’étuve où Zahar suffoquait sous la verrière centrale de son plafond bas dans la fumée compacte de la vapeur d’eau, silhouette enveloppée de brouillard comme par magie. Certaines femmes se délectent dans cette chaleur. Pour Zahar, c’était l’angoisse, la suffocation, l’approche de l’évanouissement, Ici et là, d’autres petites filles hurlaient, surtout lors du lavage des cheveux, lorsque les mères déversaient des cruchons d’eau bouillante sur la tête, savonnaient vigoureusement à l’argile moussante et rinçaient à grande eau en riant, sans ménagement pour les yeux aveuglés. Le meilleur moment venait ensuite en récompense, quelques minutes de repos,
dans une couverture, sur une des paillasses de la première salle.
Le père de Zahar lui avait expliqué le fonctionnement de l’étuve et d’où venait cette chaleur qui semblait sortie de l’enfer. La salle était entourée d’une maçonnerie poreuse, creusée de petites niches, contre lesquelles étaient dirigés des jets d’eau bouillante, le sol lui-même chauffé par artifice. (n. 15)
À Tagmadert, Zahar se rappelle aussi que le jeune Chérif, d’après les racontars, est passionné de construction et souhaiterait faire bâtir un jour des hammams aussi beaux que ceux de Fès. Par elle, il sera bientôt renseigné sur ceux de Safi.
En rentrant du hammam un soir, les servantes de ben Ali aperçurent Abd er Rahman en conversation avec des étrangers.
Les intrigues des deux neveux.
Les intrigues des deux neveux se précisaient en ville. L’inquiétude gagnait les serviteurs, qui redoutaient surtout Abd er Rahman, ses colères et son fouet. De son côté, le vieux caïd parut avoir flairé quelque machination. Sa défiance endormie se réveilla tout à coup, son regard d’ordinaire bienveillant commença de s’obscurcir en présence de son neveu et de ses alliés portugais.
Il se mit à répéter en toute occasion que la factorerie, implantée près du rivage depuis de longues années, devait suffire aux Lusitaniens. Il était décidé à ne plus leur accorder de nouvel avantage. Il refusait une fois pour toutes de leur accorder la porte sur la mer réclamée avec obstination !
Elle les rendrait maîtres pratiquement du port et de la ville.
Il déclara qu’il se refusait à accepter pour Safi le sort des villes du nord, Arzila, Ceuta, Tanger, tombées aux mains des Chrétiens face au royaume de Fès affaibli. Il s’irritait contre son neveu Abd er Rahman, dont la rumeur apportait à ses oreilles le détail de promesses insensées faites au roi du Portugal.
-« Mon neveu perd la tête, il mérite qu’on la lui coupe ! » lança un jour ben Ali. Ce jeu de mots involontaire venu à ses lèvres lui rendit un peu de sa gaieté habituelle. Des serviteurs l’entendirent s’emporter violemment, puis éclater de rire. Sa colère passée, il se décida toutefois à menacer le coupable de très sévères punitions.
Abd er Rahman prit peur et s’enfuit au Portugal. Il obtint l’appui de la reine mère (n. 16). Elle accepta de s’interposer et de faire remettre au vieux caïd, par un émissaire, des lettres de soutien en faveur de l’exilé.(note 17).
Ben Ali crut sage de réserver à ce diplomate un accueil chaleureux, présents, diffas… Il accepta d’autoriser son neveu à débarquer du navire chrétien, d’où il suivait les événements, en rade de Safi.
A la condition expresse d’aller s’établir dans une résidence isolée dont il lui fit don à quelques lieues de la ville.
Il promit de lui faire parvenir tout ce qui lui serait nécessaire. Il l’assura de son affection, tout en maintenant l’ordre impératif de se tenir tranquille hors de la cité.
Puis le silence tomba sur cette affaire, et l’oubli sur Abd er Rahman. (n. 18)
Les trois Ouolofs.
Les trois Ouolofs, comme tous les autres serviteurs, s’étaient sentis rassurés. La joie était revenue dans les coeurs, la menace était écartée dans la grande maison. Sans violence, sans châtiment exemplaire, sans que le sang coulât, le coupable était réduit à l’impuissance. Les esclaves qui sentaient parfois revivre dans leur chair la morsure de ses coups de fouet le haïssaient, redoutant par-dessus tout de le subir un jour comme maître et se mettaient à espérer ne jamais plus le voir revenir, confiants dans la sagesse du vieux chef.
Une caravane d’importance.
En ces temps-là, une caravane d’importance se dirigeait vers Safi. Elle s’était formée à Mali, la capitale des Noirs mandingues, dont le roi (n. 19) était musulman.
Par Tombouctou, Ouadane, puis le Maroc du sud, elle devait rejoindre Oran, Alger et Tunis (n. 20).
À Massa, gros bourg situé à l’embouchure du fleuve du même nom (n. 21) au sud d’Agadir l’arba, des notables, invités par leur ami le caïd de Safi s’étaient joints par mesure de sécurité à la caravane. Seule, encadrée par des guerriers armés de lance-pierres et de zagaies, elle pouvait assurer une protection valable de Massa jusqu’à Safi (n. 22).
La piste était peu sûre : menacée par des pillards détrousseurs à l’affût de voyageurs isolés, ou empruntée par des éléments débandés de tribus guerrières, assoiffés de pillages et de razzias.
Ben Ali attendait impatiemment ses vieux amis. Ensemble, ils avaient autrefois étudié la tradition dans une médersa de Fès. Entre eux s’était tissée cette complicité fondée sur des souvenirs intimes vécus au temps de l’innocence et des enthousiasmes partagés. Depuis des années, ils se promettaient de se revoir, d’accomplir l’effort du voyage et ces temps désirés approchaient enfin, les confidences et les nouvelles seraient nombreuses. Ben Ali ne se cachait pas de dire et redire combien il se sentait curieux de ce qu’allaient lui conter ses hôtes quant aux événements politiques à Massa. Il savait que, depuis près de deux ans déjà (n. 23), la population, désireuse de vivre tranquillement en commerçant dans la paix, avait signé un accord de vassalité avec le roi du Portugal, en échange de sa protection sur terre et sur mer.
Amanitere.
Le caïd avait confié sa joie à sa concubine favorite, Amanitere. Il espérait obtenir de ses amis des renseignements et des conseils, dictés par l’expérience et précieux pour les décisions qu’il aurait lui-même à prendre dans l’intérêt de Safi.
Dès l’annonce, par la rumeur, de la prochaine arrivée de la caravane, ben Ali se rendit lui-même à leur rencontre. A à la tête d’une vingtaine de ses cavaliers gardes du corps en tenue d’apparat. Sur la route, il accueillit avec les honneurs les trois notables, accompagnés de deux de leurs fils et d’une suite de serviteurs, tous, voyageurs, exténués, couverts de la poussière des pistes, yeux rougis. Le père de Zahar, habillé d’écarlate devait les aider à descendre de cheval. Il entendit nommer les trois principaux invités, Hammou ben Barka, le cheikh Abd el Aziz et Sidi Yahya. (n. 24).
Devoirs d’hospitalité.
Vêtements.
Avant d’assouvir sa curiosité, ben Ali s’empressa de remplir ses devoirs d’hospitalité les plus urgents. Après de nombreux « salam alikoum » et « salam alek » (n. 25) et de chaleureuses accolades, protestations de joie et d’amitié la main sur le cœur, il les accompagna jusqu’à leurs chambres respectives puis immédiatement au hammam, à leur satisfaction. Zahar les aperçut lorsqu’ils en revinrent. L’un d’eux arborait un merveilleux haïk mauve. Jamais encore elle n’avait eu l’occasion d’admirer d’étoffe de cette rare couleur. Les autres voyageurs avaient revêtu de riches marlottas bleues (n. 26). Les serviteurs suivaient, habillés de hanbels blancs, rayés de rouge et de vert ordinaires, tels qu’on en fabriquait à Safi dans la manufacture de Meier Lévy. (n. 27)
Zahar décide d’informer Mohammed le Cadet de ces vêtements aux couleurs extraordinaires pour les gens du sud et du Sous, habitués à leur unique tunique jaune rustique. Les marchands de Massa avaient obtenu leurs étoffes de chrétiens différents des autres, des marins, habitant une grande île lointaine dans le septentrion (n. 28). Cela intéresserait certainement son maître.
Le confort et le raffinement de la grande maison de Safi s’étendaient à tout le personnel. Amanitere habillait Zahar, ainsi que sa mère, des étoffes dont elle-même ne voulait plus. Elle choisissait, dans celles dont le caïd s’était lassé, les futurs vêtements du père de la petite, le bel Ouolof, qu’elle avait elle-même imaginé de vêtir d’écarlate, contrastant avec sa peau sombre, pour recevoir les invités. Quelle différence avec Tagmadert, où les haillons sont les plus courants !
À Safi, l’arrivée d’hôtes de marque stimulait maître et esclaves. Toutes les salles avaient été lavées et leurs murs passés à la chaux teintée de bleu, les zelliges vigoureusement astiquées, les serviteurs vêtus de neuf. Pendant des semaines, le prochain séjour des notables de Massa avait servi de thème aux conversations.
Le soir à la veillée, le trio familial des Ouolofs…
Le soir à la veillée, le trio familial des Ouolofs se réunissait à la lueur des lampes à huile, dans la chambre qu’ils partageaient. Ils s’échangeaient à voix basse les nouvelles, glanées ici et là par l’un ou l’autre et dont ils se nourrissaient avidement. Leur mémoire était sans défaut. Pas un détail entendu ou perçu n’échappait à leur rapport. Se transmettre dans l’intimité familiale ce qu’ils avaient appris de l’extérieur leur paraissait une véritable mission, le meilleur service à se rendre, entre eux si puissamment unis par les liens du sang, la couleur de la peau, les souvenirs communs, les vicissitudes.
Zahar était bien jeune mais savait déjà écouter.
Elle retint que ben Ali avait autrefois signé, lui aussi, des engagements de vassalité à l’égard du roi du Portugal (n. 29), lorsqu’il vivait sa pleine jeunesse.
Plus tard, il avait envoyé son neveu favori (n. 30) jusqu’à la Cour de Jean II. Ce roi devait se rappeler les accords passés avec son père, à une époque où le sultan roi de Fès ne parvenait, pas plus que le roi de Marrakech, à protéger Safi et les autres villes du pays, déchirées par les luttes sanglantes entre tribus.
Seul, en ces temps là, le roi chrétien possédait force et armes invincibles sur terre et sur mer. Il semblait sage de se soumettre à lui.
Il fallait se nourrir et nourrir le peuple , affamé par sécheresse et famine. Il fallait en même temps conserver les coutumes, les lois, l’indépendance du pays.
Le rôle du caïd, chef d’une ville importante n’était pas de tout repos ! Les risques étaient grands pour lui ! Depuis, les années s’étaient écoulées. Les rois lusitaniens s’étaient succédés.
Seul le caïd avait conservé vie et pouvoir local et constaté que la protection portugaise promise ne s’était jamais manifestée comme il l’eût souhaitée.
Il ne suffisait plus d’offrir des vêtements d’honneur, une bannière somptueuse et un tambour de commandement (n. 31).
Les notables et les gens du peuple , rassemblés au son de ce tambour, avaient dû tous prêter serment d’une seule voix (n. 32) au monarque chrétien.
Ils commençaient à se plaindre et murmurer que le marché conclu n’avait pas été tenu. En échange de leurs bons et loyaux services, ils n’avaient obtenu que de « vaines promesses. » (n. 33)
Tout occupée par la recherche de ses souvenirs, Zahar croit entendre la voix chuchotante de son père, porteuse de ces informations, résonner dans sa mémoire.
Elle se reproche de n’avoir pas mieux écouté. Le sommeil la tenaillait toujours le soir, son attention se relâchait et ces nouvelles concernaient les hommes. Comment aurait-elle pu imaginer qu’un jour, elles pourraient lui permettre d’améliorer sa position auprès du jeune Chérif du sud ?
Elle-même n’était alors qu’une adolescente et aujourd’hui, à vingt-sept ans, sous les palmiers près de la source, elle se sent usée déjà, presque une vieille femme, comme si pour elle les années comptaient double.
Quel serait son avenir ?
Évoquer son destin, pour elle, c’est évoquer l’horrible Lalla Mammas, la sorcière de Safi (n. 34) qui le lui avait prédit à sa façon.
Nuit de l’excision.
Lalla Mammas, c’est, pour Zahar, la nuit de son excision, le bol empli d’alcool de figue avalé d’un trait pour atténuer l’atroce, la brûlure insupportable allumée dans ses chairs les plus intimes et qui monte comme une flamme, impossible à éteindre dans tout son corps jusqu’à la tête, jusqu’au cerveau, la rendant folle, de toute sa tête, de tous ses membres, dans des hurlements de terreur et de souffrance étouffés par les mains des matrones qui la bâillonnent et l’écrasent. Lalla Mammas découpe calmement de son galet bien affûté le petit monticule de chair coupable. Elle le montre en souriant à l’assistance, à la ronde, avant de continuer par un travail de couturière appliquée, traversant les grandes lèvres d’une aiguille solide, liant les fils avec soin pour mériter le salaire élevé de cette indispensable opération.
Amanitere avait payé pour que Zahar, trop pauvre pour s’offrir les soins de la sorcière, pût bénéficier de ce privilège.
Lalla Mammas, les cultes secrets, les rites d’initiation, les amulettes magiques…
Zahar contera tous ces secrets à Mohammed le Cadet qui en fera bon usage… puis elle chasse l’image diabolique, reprend l’autre, celle des trois notables de Massa et de leurs deux fils, à la table de ben Ali, assisté de son neveu favori.
Exceptionnelle soirée.
Comme dans toute bonne maison, les épouses et les concubines avaient tenu à préparer, pendant plusieurs jours, dans les cuisines, les spécialités dont elles étaient fières. Elles s’étaient ensuite dérobées au regard des hommes, cachées dans leurs logements. Les serviteurs avaient, de leur côté, assuré tous les préparatifs de la première journée d’un séjour qui devait durer une entière lunaison.
Dans un des angles de la grande salle d’apparat, garnie de divans bas qui en longeaient tout le périmètre, un immense plateau de cuivre rouge martelé par un orfèvre juif réputé, reposait sur son trépied de bois. Figures géométriques et palmettes s’enlaçaient autour d’un sceau de Salomon central, symbole de sagesse et de bienvenue, plateau assez vaste pour permettre à sept personnes de prendre place autour de lui sans se gêner, assises sur des coussins de cuir odorant brodé de fils d’or de Fès. (n. 35)
Activés par l’intendant qui avait reçu des ordres, les serveurs se hâtaient, présentaient les hors-d’œuvre à base de pâte feuilletée et de farce de volaille, spécialité de la première épouse. Divers autres délices du palais furent aussi acclamés par les convives. Les préposés au couscous traditionnel firent ensuite solennellement leur entrée, dépités d’avoir à faire vite, après tant d’heures passées à la confection de leur chef-d’oeuvre. Rapidement, au contraire de l’accoutumée, ils déposèrent au centre du plateau l’épaisse poterie d’argile, emplie de semoule entourée des accompagnements de sauce piquante ou douce, raisins secs, légumes et poulet.
Ben Ali s’impatientait, renvoyait les serveurs. Seuls, pendant quelques instants encore, les rôtisseurs occupèrent les lieux. Ils ne pouvaient se résoudre à ne pas présenter le méchoui : un mouton entier, bouquet de persil entre les dents, traversé de part en part par une broche d’argent aux extrémités ciselées. Ils attendaient quelques compliments. Pendant plus de deux heures, ce mets de choix, embroché sur un long pal de bois, avait été savamment tourné et retourné de leurs rudes mains nues, au-dessus de braises ardentes. Pendant plus de deux heures, ils l’avaient arrosé régulièrement, sans impatience, de beurre vert comme il se doit. Pour la commodité, le méchoui fut installé sur deux tréteaux, aux côtés des convives et les rôtisseurs, remerciés, s’éclipsèrent enfin.
Le caïd et ses amis demeuraient seuls, heureux de pouvoir librement échanger leurs propos et se livrer à quelques usages européens, prohibés chez eux. Ahmed ben Ali, en quelques mots plaisants, les invita à se sentir tout à fait à l’aise. Selon la coutume, pour cette exceptionnelle soirée, il honora ses hôtes en assurant lui-même le service.
Derrière une tenture, Amanitere se dissimulait. La curiosité l’engageait à prendre tous les risques. Au début du repas, le maître de maison demeura pratiquement toujours debout pour aider ses hôtes à se servir. Il leur proposait les meilleurs morceaux, qu’il découpait de sa dague et leur tendait à pleine main. Ensuite, chacun n’hésita plus à puiser directement selon son goût. Les convives s’encourageaient les uns les autres à étendre la main pour tirer le morceau désiré. Plus leur appétit se manifestait, plus ils honoraient ainsi le maître de maison. Il leur passait des aiguières, emplies d’eau tiède et parfumée, à verser dans de plantureux bols d’argent gravé, placés devant eux, où nageaient des pétales de rose. Ils s’y débarrassaient en partie de la graisse qui leur collait aux doigts. Derrière la tenture, Amanitere ressassait sa déception :
-« Voilà donc un de ces fameux repas d’hommes où doivent régner l’esprit, la connaissance, le sérieux ! Je ne vois rien là que de bestial ! »
Le caïd cependant se frottait les mains, exprimait sa joie de se retrouver seul avec ses vieux amis de Massa, ses anciens condisciples de médersa, riches comme lui de souvenirs de Fès, la capitale. Ils pouvaient parler librement, sans crainte aucune, nulle oreille ennemie ne les entendrait. S’ils le désiraient, ils pouvaient en toute sécurité se livrer aux usages européens prohibés en Berbérie. Les autres, en riant, annoncèrent qu’ils avaient apporté du soleil dans des outres !
Amanitere dressa l’oreille. Elle se risqua même à appuyer un œil dans un mince interstice. Elle vit les hommes sortir des gobelets et des fioles, cachées sous leur ample marlotta bleue. Ils riaient joyeusement, comme s’ils s’amusaient d’une bonne plaisanterie de collégiens. Elle-même sourit de les voir rire. Très influencés par les Chrétiens, nombreux à Massa, les amis du caïd avaient adopté l’usage du vin et, secrètement, en avaient apporté à leur hôte, en provenance du Portugal. Les domestiques musulmans ne devaient surtout pas suivre cet exemple, ni le colporter en ville, aussi le vieux caïd les avait-il éloignés. Autrefois, au temps de sa jeunesse, il avait goûté ce breuvage interdit, avec d’autant plus de plaisir que c’était là chose défendue. Se sentant rajeuni par la présence de ses vieux compagnons, il voulait renouveler l’expérience et constater si l’âge lui permettait encore d’y trouver quelque plaisir. Il renifla le breuvage, en contempla la couleur, le fit glisser dans sa bouche, fit quelques glouglous avant d’avaler, pour témoigner de sa connaissance des usages des connaisseurs. Il approuva la qualité gravement, remercia, puis n’y tenant plus, lança les questions qui l’intéressaient au plus haut point.
-« Que fallait-il penser de la présence des Portugais à Massa ? Allaient-ils se limiter à des prérogatives de négociants plus favorisés que les autres Chrétiens ? Allaient-ils se contenter de comptoirs sur les rivages, ou bien avaient-ils l’intention de conquérir l’intérieur des terres, jusqu’à Marrakech peut-être ? Avant de s’emparer de Fès ! Dieu seul le sait » !
Hammou ben Barka se trouvait parfaitement bien placé pour répondre. Il s’était rendu lui-même, avec deux autres notables de Massa, à la Cour du Portugal pour y discuter des conditions de la vassalité de leur ville.
- « Quels sont les deux autres notables, interrompit le vieux caïd, j’aurais apprécié de les inviter et de les entendre ! » « Les autres notables, répondit Hammou tranquillement, ne sont pas bien loin ! Ils ne sont autres que le cheikh Abd el Aziz et Sidi Yahya, ici présents ! » (n. 36)
- Le caïd trouva la nouvelle si plaisante qu’il partit d’un de ses éclats de rire irrésistibles et contagieux qui lui faisaient monter les larmes aux yeux.
Hammou ben Barka remplit les gobelets vides et reprit son récit. Avant leur départ, les trois chargés de mission se tenaient prêts à de nombreux compromis, sauf un seul : celui de vendre des chevaux aux Chrétiens et surtout pas de chevaux blancs (n. 37). Ils avaient embarqué sur un navire portugais, résolus à ne pas céder et à n’accorder aux Portugais que la simple priorité sur tous les autres étrangers en relation avec Massa. Et voilà que leurs belles prévisions étaient tombées à l’eau sous le regard du roi !
« Emmanuel Le Fortuné ,rayonnant
de gloire et de force tranquille »…
Manuel le Fortuné les avait fixés l’un après l’autre, bien en face entre les yeux. Ils n’avaient pu supporter la force de ce regard (n. 38). Le roi leur était apparu si majestueux, si rayonnant de gloire et de force tranquille que leur volonté s’était trouvée brutalement anéantie sous la magie de sa présence…
-« Voilà qui plaira à Mohammed le Cadet, murmure Zahar sous le soleil de Tagmadert. Lui aussi veut fasciner les tribus. Pour cela, je lui révélerai aussi ce que j’ai appris de Lalla Mammas ! »
Face à Manuel le Fortuné, dans son palais de Sintra, sous son emprise, dans la grande salle des audiences aux murs décorés de carreaux de faïence, les célèbres azulejes bleues et vertes, peintes en relief de feuilles d’arbre, le seul désir exprimé par les notables de Massa avait été de mendier sa haute protection, de s’offrir sans réserve comme vassaux, dévoués et fidèles et de promettre tout ce qu’exigeait la voix royale.
La Voix, d’abord, avait promis (n. 39) dans le silence qui emplissait la vaste salle. Ensuite, elle avait exigé des compensations en échange de la haute protection de ses navires de guerre, de ses armes à feu, de ses guerriers bardés de fer .Enfin, la Voix avait conclu :
- « En garantie de nos accords, quinze fils de notables de la ville de Massa devront m’être envoyés en otages. Les jeunes gens seront traités avec égard. »
Amanitere, derrière sa tenture, écoutait toujours, de plus en plus intéressée et de plus en plus méprisante à l’égard des notables qui n’avaient su résister au pouvoir d’envoûtement du roi chrétien.
Hammou ben Barka et ses deux amis continuaient leur récit. Installés sur des chaises hautes, à l’espagnole, lors des réceptions de Sintra, les trois délégués de Massa, habitués à leurs coussins de cuir proches du sol, se sentaient mal à l’aise, transplantés dans un pays inconnu où tout les étonnait : les vêtements des hommes et surtout des femmes, l’aspect des maisons ouvertes sur les rues par quantités de fenêtres et non fermées sur l’extérieur, le regard des gens qui se retournaient sur leur passage avec curiosité, parfois avec crainte, parfois en riant. Il leur semblait vivre un rêve flou dans lequel ils évoluaient, privés de leur volonté et de leur faculté de jugement.
Du haut de la tour de Belem qu’on leur avait fait visiter à Lisbonne (n. 40), ils avaient vu partir les caravelles défiant les forces monstrueuses des mers, à l’assaut de l’océan pour découvrir de nouvelles terres. Le roi voulait trouver des débouchés pour les produits portugais. Il voulait surtout les troquer habilement contre les produits exotiques et africains, l’or surtout, dont était riche le Soudan et pauvre l’Europe, riche elle-même en mines d’argent (n. 41), métal très en faveur en Berbérie.
« Il est admirable, s’émerveilla le caïd, que leur navigateur Albuquerque ait réussi son expédition et atteint l’Inde à Cochin ! » (n. 42)
-« Oui, admit Hammou ben Barka, ces gens-là ne craignent rien. Ils croient que leur Dieu et leur Jésus, fils de Dieu, les protègent en tout et pour tout. Leur foi leur donne toutes les forces. »
Ahmed ben Ali réfléchissait, plissant son front de mille sillons :- « Ne craignez-vous pas, mes amis, qu’un jour ces bateaux ne remplacent nos chameaux ? Le jour où les Portugais seront capables de transporter dans leurs caravelles les produits de l’Europe jusqu’en Afrique, les troquer contre les produits locaux, aller jusqu’à l’Inde et revenir chargés des richesses qu’ils convoitent, ne craignez-vous pas que nos caravanes cessent d’exister ? La mer remplacera la terre ! » (n. 43).
« Je t’approuve dans ta sagesse, Ahmed ben Ali ! Nous vivons des temps difficiles, mais plus inquiétants encore sont les temps futurs. Nos fils devront se montrer vigilants. Pour l’instant, nous ne pouvons qu’attendre, patienter avec l’aide de Dieu, tenir besif nos engagements, sous peine de graves ennuis, d’autant plus que pour l’instant, tout Massa est favorable aux Chrétiens », assura le cheikh Abd el Aziz.
Hammou prit vivement la parole : « Tu sais, mon ami, que plusieurs tribus du sud se sont désolidarisées de nous. Les religieux ne peuvent accepter la confiance à l’égard des infidèles ! Pour l’instant, rien de bien inquiétant ne menace de ce côté-là. Les tribus s’agitent, mais les agitateurs sont méprisables. Les religieux n’ont pas trouvé l’homme capable de rassembler les tribus, arabes et berbères qui, de plus, se déchirent entre elles. Puissent-ils ne jamais y parvenir ! »
« Oui, reprit l’autre, n’oublions pas que nous comptons maintenant quinze de nos fils en otages à Lisbonne, garants du respect des conventions que nous avons signées. Massa ne peut se délier, ni se déjuger ! »
Ben Ali interrogea ses invités :
-« Que pensez-vous de ce Chérif du Dràa, dont des marabouts m’ont chanté les louanges ? Il serait, paraît-il, profondément hostile à l’implantation portugaise. Il s’efforcerait de rallier les tribus dispersées et de se faire accepter, lui Arabe, partisan d’Ali (n. 44) par les Berbères, avec l’appui des marabouts jazoulites. »
-« Ce Chérif nous est inconnu. Un rêveur, sans aucun doute ! Celui qui parviendra à rallier les tribus n’est pas encore né et je doute fort qu’une pareille utopie se puisse un jour réaliser ! Non vraiment, je le regrette mais ne puis apporter aucune information sur ce personnage ! » répondit, approuvé par ses compagnons, Hammou ben Barka.
Qu’allait-il se passer à Safi ?
Les Portugais resserraient leur emprise …
Zahar n’avait certes pas entendu elle-même cette conversation nocturne, mais la concubine, patiemment dissimulée derrière son pan de tenture, n’en avait pas laissé échapper la moindre bribe. Le lendemain, ce fut sa gloire et son prestige de se montrer informée, parmi ses confidentes du harem et ses fidèles dont l’une des plus sûres, la mère de Zahar, s’empressa à son tour de transmettre les dernières nouvelles à sa petite famille. Le trio ouolof reprit à son compte le thème de la conversation des maîtres. Qu’allait-il se passer à Safi où les Portugais resserraient leur emprise, s’efforçant d’influencer le vieux caïd indécis, de le séduire, puis de le menacer ?
« D’après tout ce que j’entends, moi qui ne suis qu’un simple esclave, avait murmuré, à voix très basse, le père de Zahar, ce grand roi du Portugal que je n’ai jamais vu et ne verrai jamais est simplement un très grand marchand. Oui, il est le sultan chrétien des marchands ! Le très grand Marabout des Chrétiens qu’ils appellent le pape, a autorisé le Portugal à faire la conquête de la moitié du monde.L’ autre moitié est réservée à l’Espagne. Depuis qu’ils se sont accordés et que leur pape leur a fait signer un traité (n. 45), les Portugais et les Castillans ne se font plus la guerre, ni ici ni ailleurs. Ici, c’est le territoire de chasse des Portugais.»
Zahar se rappelle comme ils avaient ri tous les trois de la boutade de son père concernant le sultan chrétien des marchands. Ils étaient si joyeux, chaque soir, lorsqu’ils se retrouvaient, réunis dans leur chambre.
À Tagmadert, près de la source, l’ombre du palmier ne la protège plus du soleil de plus en plus ardent et haut dans le ciel. Il lui indique la fuite du temps et lui rappelle que, dans la grande maison de pisé, la maîtresse du harem, épouse d’al kaïm bi amer Allah, a dû remarquer la longueur de l’absence de l’esclave noire.
- « Il faut rentrer au plus vite ! Il faut aussi retrouver les souvenirs utiles au jeune maître !
L’histoire d’Amanitere piquera peut être la curiosité du jeune Chérif ?
-« Une famille d’esclaves ouolofs ne saura l’intéresser, mais peut-être que l’histoire d’Amanitere piquera sa curiosité !
Amanitere, Zahar n’étant qu’une toute petite fille, s’était montrée sa protectrice : lorsque l’enfant devint pubère, bonne à marier,à procréer, susceptible de fournir de nouveaux esclaves gratuitement, la concubine favorite, dédaignant les avantages matériels, exiga son célibat. Elle voulait auprès d’elle une servante totalement attachée, dévouée, corps et âme, donc sans mari et sans enfant.
Zahar éprouvait la plus grande admiration pour cette femme magnifique, ancienne esclave elle aussi, capable d’accomplir des prodiges. Sur le marché de Safi où les trafiquants la proposaient quelques années plus tôt dans un lot d’Ouolofs récemment capturés, elle avait obtenu de n’être pas entravée. Lorsque la rumeur avait annoncé le passage du mandataire du caïd, elle avait entrepris de danser une danse de courtisane, danse royale aussi. En même temps, elle trouva la force de scander elle-même le rythme, de sa voix de cuivre si attachante qu’autour d’elle, tous avaient arrêté les tractations et les vociférations des marchandages. Entraînés par l’appel de son chant, de sa danse, paysans et maquignons frappaient entre leurs mains, scandant le rythme à leur tour. Amanitere les tenait tous sous son charme. Amanitere était son nom et ce nom l’avait sauvée !
« Amanitere » était un nom royal…
Sauvée des travaux les plus rebutants, des maîtres les plus vulgaires, parce qu’Amanitere était un nom royal. Ses parents l’ en avaient instruite . Schant et respectant l’origine de son nom, rien ne pouvait la rendre servile (n. 46). Le mandataire du cheikh de la ville, ébloui lui aussi, n’avait même pas marchandé son prix que le vendeur s’était aussitôt empressé d’augmenter.
Nul n’avait jamais vu ni entendu parler de pareil phénomène, une vente sans marchandage ! Où donc trouver le plaisir de vendre lorsque l’acheteur ne se donne pas la peine de marchander ? Ne pas marchander est louche, indique une malhonnêteté quelconque de la part de l’acheteur, trop pressé de repartir avec son achat. Malgré ces vieilles habitudes, ces préjugés tenaces, la vente immédiate d’Amanitere n’étonna personne : il y avait de la magie dans l’air.
L’inquiétante esclave se retrouva dans la plus somptueuse demeure de la cité. Immédiatement, des femmes s’emparèrent d’elle, la traînèrent au hammam privé, lavèrent ses cheveux noirs et frisés au rossoul, rasée de près sur toutes les parties cachées de son corps, brossée, étrillée comme une jument, immergée dans l’eau quasi-bouillante, puis dans l’eau froide, massée, frictionnée, inondée d’eau de jasmin et de parfums forts, puis laissée seule, sans défense, dans la moiteur de ce hammam humide et chaud, pendant deux heures d’angoisse.
Zahar évoque tout ce passé, celui d’Amanitere, celui de ses parents et le sien. À son tour, elle aussi a connu l’angoisse de l’impuissance, face à un sort tragique et incertain. Pour se donner du courage, elle se répétait l’enseignement d’Amanitere :
Enseignement d’Amanitere :
-« Toujours puiser des forces neuves dans le respect de soi-même, quelle que soit la situation dans laquelle des circonstances défavorables vous placent ».
Amanitere se savait – ou se croyait – d’origine royale. Cette conviction lui donnait tous les courages.
Zahar, adolescente, avait déjà accepté sans murmurer le destin prédit par Lalla Mammas, la sorcière de Safi :
- recevoir l’enseignement des événements et des malheurs, servir des maîtres différents sous des cieux différents, utiliser les connaissances acquises auprès des uns et des autres pour se maintenir dans des fonctions non avilissantes, que l’habitat soit demeure citadine ou rurale, maison de pierre de taille, de marbre ou de pisé, ou même tente dressée de nomade.
- « Mektoub ! Là serait son destin » !
Elle l’accepte, dans la foi peu à peu modelée en elle, où se mêlent des croyances héritées de ses pères, quelques rites berbères eux-mêmes encore imprégnés de survivance chrétienne, véhiculées depuis les temps anciens et enfin, l’espoir apporté par l’islam, à ses yeux incarné par le jeune maître.
À Safi, à Massa, elle avait rencontré toutes ces traditions. Les évoquant à Tagmadert, elle subit de nouveau, s’imposant à elle, l’image de Lalla Mammas, s’abreuvant du sang d’un bouc immolé par surprise. L’animal était poignardé par l’assistant de la sorcière, vieil homme venu du désert, au moment même où se mimait l’accouplement de la bête et d’une jeune fille, dénudée sous un voile, titubante d’alcool (n. 47).
Zahar, de toutes ses forces, repousse ce souvenir. À Tagmadert, tout est différent. Au service des chérifs du Dràa, on ne peut et ne doit s’imprégner que de la foi de l’islam. Le jeune Chérif toutefois s’intéressera certainement aux détails de ce rite païen.
Meurtre du caïd.
Les événements de Safi ne sont plus qu’un souvenir confus pour Zahar. Elle se rappelle les efforts déployés par le vieux caïd pour déjouer les intrigues de ses neveux. Abd er Rahman s’était évadé de sa résidence forcée et complotait avec les Portugais. Réfugié chez eux, dans leur maison de commerce de Safi, il leur promettait le ciel et la terre, et surtout, la fameuse porte donnant sur la mer pour leur factorerie, s’ils l’aidaient à se débarrasser de son oncle et prendre le pouvoir à Safi.
En pleine mosquée, au moment de la prosternation, Abd er Rahman, « par trop grande convoitise de régner », (n. 48) plongea son poignard dans le dos de son oncle. Il sortit en ville, acclamé par ses partisans, parmi lesquels le jeune Ou Ta’Fouft, le futur ennemi des chérifs du Dràa.
Le père de Zahar avait vu la scène de meurtre. Libre dans son anonymat, il put, sans être remarqué, courir à toutes jambes vers la maison du caïd.
-« Fuyez, conseillait-il à tous ceux et celles qu’il pouvait avertir. Les gens d’Abd er Rahman seront ici dans quelques instants. Ils pilleront, saccageront, tueront ! »
Fuite vers Massa.
En l’absence du chef, dont l’autorité absolue avait privé son entourage de tout esprit d’initiative, dans les cris et les lamentations des femmes, un désordre indescriptible s’ensuivit. Les épouses et les concubines, aidées par leurs servantes, perdaient du temps à vouloir sauver leurs objets les plus précieux, ne sachant lesquels choisir. Elles entassaient dans des coffres, pêle-mêle, bijoux d’or et d’argent, d’ambre, de corail, vêtements de prix, tuniques et pantalons de toute couleur, de toutes formes (n. 49). Les gens couraient en tous sens. Amanitere, debout, raidie, altière, maîtresse d’elle-même plus encore que de coutume, releva la tête, le menton haut. Ainsi prenait-elle ses décisions. Calmement, elle réunit autour d’elle les trois Ouolofs :
« Nous allons ensemble nous échapper. Nous allons partir vers les écuries, en évitant d’être remarqués par les Chrétiens du haut de leur “Maison de Commerce”. Nous devons partir légers, sans bagages encombrants, mais bien vêtus et armés. Que chacun porte une besace et un poignard. Toi aussi Zahar. En voici de mes réserves. »
De ses coffres de cuir de Cordoue, elle lança des tuniques, sarouels, haïks de cotonnade de bonne qualité.
- « Toi, l’homme, tu passeras pour mon intendant, vous, la femme et la fille, pour mes servantes. Moi, simple concubine, je saurai prouver, s’il le faut, que je suis première épouse, mère de fils, chargée d’un message de la ville de Safi à la ville de Massa. Là-bas, si nous y parvenons sans encombre, nous recevrons l’hospitalité généreuse de Hammou ben Barka. Et maintenant, courons vers les écuries avant que d’autres y songent aussi. Cours devant nous, toi, l’homme ! Selle quatre bêtes, le mieux possible, le plus richement possible, et si tu ne trouves plus de selles, nous nous en passerons. Mektoub !
Avant tout, il faut fuir les rivages infestés de Chrétiens. Je sais qu’une petite caravane s’est formée à El Medina (n. 50). Sa marche a commencé vers le sud depuis quelques jours. Nous galoperons à sa rencontre et si la chance nous favorise, Inch’Allah ! Nous arriverons sains et saufs à Massa où je serai la bienvenue. Croyez-moi, n’ayez crainte, cessez de montrer votre peur d’esclaves. Sachez que je possède une sauvegarde : cette lettre du cheikh Hammou ben Barka, qui se porte garant pour moi et mes serviteurs. Il attend depuis longtemps le jour faste où je pourrai le rejoindre. Nous ne pouvions espérer que ce jour était inscrit de toute éternité ! »
Tout s’était passé très vite, en chevauchant de nuit sous les étoiles d’un ciel clair. La caravane se réveillait dans le chant des coqs, le hennissement des chevaux et les cris des dromadaires dans la campagne à une vingtaine de lieues à l’est de Safi, ainsi que l’avait prévu Amanitere.
La mère de Zahar tremblait de peur. Allaient-ils de nouveau tomber entre les mains de trafiquants d’esclaves, être interrogés, subir la torture ? L’assassinat du caïd de Safi était-il déjà connu ? Rien de tout cela. Le père de Zahar sut parler aux principaux marchands, membres de la tribu des Chiadma qui transportaient surtout des blés du nord vers le sud, pour en rapporter du sucre et de l’or et devaient passer par Massa. Le nom de Hammou ben Barka, le notable, était honorablement connu.
Zahar interrompt ses recherches. Elle supplie : « Petite source magique, aide-moi dans mes aventures ! Je vais devoir retourner sans tarder dans la maison des Chérifs où la vieille mère me réprimandera pour la longueur de mon absence. Je te demande de la rendre bienveillante et de m’accorder encore un peu de répit pour fouiller ma mémoire ! » L’esclave noire reprend son rêve dirigé…
Vivre à Massa.
La caravane parvint à Massa. Amanitere savait qu’elle retrouverait chez son hôte les privilèges perdus à Safi. L’assassinat du vieux caïd l’avait servie plutôt que desservie. De concubine, elle devint épouse légitime et la position des trois Ouolofs toujours attachés à son service s’améliora. Amanitere leur accordait de temps en temps une autorisation précieuse pour eux : aller ensemble contempler l’océan, au-delà de la zone caillouteuse qui en sépare le village. Zahar, joyeuse, accompagnait parfois ses parents. Elle recherchait avec eux, sur les rivages, des débris de vertèbres de la baleine, dont les sorciers affirmaient qu’elle avait vomi sur le sable un homme nommé Jonas, après l’avoir avalé et conservé durant quarante jours, dans des temps très reculés, dont parlent les livres sacré des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans. (n. 51)
Quelquefois, ils croyaient trouver des parcelles de ces vertèbres. Ils les échangeaient contre les marchandises proposées par des négociants chrétiens, génois, castillans ou portugais surtout, privilégiés à Massa (n. 52). Zahar se chargeait souvent des tractations. Aidée par son jeune âge à se familiariser rapidement avec les langages étrangers, elle comprenait le sens de ce qui lui était dit et se faisait comprendre à son tour.
Trois années pleines s’étaient écoulées depuis l’accord conclu entre le roi du Portugal et les habitants de Massa. Très fiers et honorés d’avoir été acceptés par un tel souverain comme ses alliés privilégiés, bénéficiant de sa haute protection, ils avaient à cœur de tenir leurs engagements (n. 53), d’autant plus que les quinze fils de notables, garants des accords, se voyaient maintenus en otages à Lisbonne.
À Massa, Zahar et ses parents eurent maintes fois l’occasion d’entendre reprendre les mêmes souhaits par leur nouveau maître et ses amis. Ils étaient avant tout des marchands et souhaitaient se rendre au Portugal en parfaite sécurité, sous la sauvegarde du roi, dans ses bateaux bien défendus. Ils escomptaient jouir des mêmes droits que les nationaux, payer les mêmes redevances et prospérer à l’égal des Chrétiens, au contraire des tribus hostiles, vivant misérablement sous leur tente ou dans leurs pauvres douars. Les stupides ! Ne comprenaient-ils pas qu’il leur était impossible d’exporter leurs productions outre-mer sans l’aide des Chrétiens, forts de leurs navires bien armés ! Au sud de l’oued Tensift, les plantations de canne à sucre se développaient magnifiquement, mais cette richesse risquait de n’être pas exploitée convenablement ! De plus, il était fort agréable de bénéficier de la gratuité des transports, dans ces fameux bateaux, pour soi-même et six assistants (n. 54). Dans le groupe, chacun n’oubliait pas son épouse ou sa concubine favorite, très friande de tels voyages, pourvoyeurs de libertés nouvelles dans l’anonymat d’un pays étranger.
Le directeur de la factorerie, bien connu à Massa, était le feitor Joao Lopes de Sequeira (n. 55). Homme habile en discours, prompt dans ses décisions, il ne cèlait à personne son point de mire principal, l’or. Il acceptait de prendre tous les risques possibles afin de s’enrichir le plus vite et le plus possible. Les parents de Zahar l’avaient souvent aperçu et, baissant la tête sur son passage, le redoutaient. Ses fonctions à Massa ne pouvaient contenter son ambition. Il imagina un projet aventureux, la construction par sa seule initiative d’une maison fortifiée, au Cap de Gué, à l’emplacement des sources de l’Agadir l’arba (n. 56).
« Agadir l’arba », future « Santa Cruz du Cabo de Gue ».
Soutenu moralement par le consentement tacite du roi, il eut tôt fait de construire un château de bois sur les lieux (n. 57), à ses seuls frais selon ses dires (n. 58). Il fit sceller une immense croix sur le plus haut bastion et baptisa son château « Santa Cruz du Cap de Gué ».
« Cela, le jeune Chérif le sait, réfléchit Zahar. Il a même assisté à la grande bataille contre le château de bois remplacé par un château de pierre. Il ignore peut-être la suite, le drame de mes parents, une des causes du mécontentement accru des gens de Massa. »
Les parents de Zahar étaient parfois prêtés par leur nouveau maître aux constructeurs portugais, chargés de bâtir la nouvelle factorerie de Massa. Ils leur apportaient régulièrement des couffins emplis de nourriture. Tous trois, maintenant initiés à la langue de ces Chrétiens, Zahar surtout, qui se révélait particulièrement douée et curieuse de tout, écoutaient de toutes leurs oreilles ce qui se disait autour d’eux. Ils s’émerveillaient des nouveautés fournies par le pays mystérieux de ces Blancs, auprès desquels ils se sentaient en parfaite sécurité et dont ils n’avaient jamais à redouter les sévices.
Enlèvement des parents de Zahar.
Un après-midi de liberté, occupés à rechercher quelques morceaux des légendaires vertèbres, à une lieue environ des portes de Massa, près de l’embouchure du fleuve du même nom, les deux Ouolofs ne s’étonnèrent donc pas de rencontrer un groupe de cavaliers, appartenant au nouveau château de Santa Cruz. Ils les contemplèrent, arrivant de loin dans leurs armures métalliques, qui brillaient sous le soleil, prêts à leur être utiles, à leur fournir peut-être quelques indications. Pas un seul instant, ils ne tentèrent de s’enfuir.
C’est ainsi que les parents de Zahar appartenant à un notable de Massa, furent enlevés sans difficulté par des hommes de Joao Lopes de Sequeira et emmenés au château (n. 59). Malgré les réclamations réitérées de Hammou ben Barka, orales et écrites, malgré les plaintes officielles qui montèrent jusqu’au roi lui-même, en même temps que l’exposé d’autres motifs de mécontentement de la part des habitants de Massa, le fondateur de Sainte-Croix d’Agadir, demeura intraitable et refusa de rendre les deux Ouolofs, qui, dans le mois de leur capture, étaient devenus Chrétiens. (n. 60).
Zahar, belle jeune fille…
Seule, sans ses parents, Zahar s’affolait, croyait mourir. Servante d’Amanitere, dont l’attitude à son égard semblait se modifier, elle n’était plus le bébé noir et luisant de Safi, aux cheveux drus, dès sa naissance, qui avait amusé les femmes de ben Ali, tel un jouet vivant. Elle n’était plus la petite fille qui devait aider à laver les plats, juchée sur un banc de bois, d’où elle atteignait la hauteur des tréteaux et des baquets d’eau, ni l’adolescente encore impubère des temps troublés de Safi, lorsqu’Amanitere représentait pour elle une véritable divinité, objet de sa vénération, de son adoration. Sous le regard inquiet de sa maîtresse, Zahar commençait à vivre péniblement sa nouvelle existence d’adulte.
Seul le maître lui souriait avec bienveillance et la suivait des yeux dans sa marche, lorsqu’elle partait puiser de l’eau à la fontaine, dans des cruches de plus en plus lourdes, à mesure que les années s’écoulaient, que sa taille et ses forces augmentaient. Lorsqu’elle passait droite et fière, la cruche emplie d’eau sur la tête, elle semblait quelque déesse d’un panthéon oublié.
Hammou ben Barka, le maître.
Hammou se courbait peu à peu sous le poids des ans et ni son goût des affaires, ni ses amis fidèles ne réussissaient à lui restituer force et vigueur. Seule Amanitere détenait les secrets qui le rajeunissaient, l’enflammaient et lui permettaient en même temps d’oublier les soucis de l’heure, les désillusions de l’accord portugais, les engagements de plus en plus difficiles à tenir, les contreparties restées lettre morte. Finis les voyages gratuits, l’égalité des droits de négoce, la protection sûre et efficace sur terre et sur mer. Des Castillans avaient abordé des navires portugais, enlevé un groupe d’habitants de Massa qui s’y croyaient à l’abri, pour les vendre comme esclaves sur un marché européen. (n. 61)
À l’espoir, succédaient l’amertume et l’humiliation. Chaque jour, il se trouvait un ami bien intentionné pour lui rapporter que ses concitoyens murmuraient, se plaignaient des mauvais conseillers, les notables délégués dont lui, Hammou, représentait l’un des plus importants. Et voilà qu’en dernier mauvais coup, deux de ses esclaves favoris, enlevés par des gens de Santa Cruz d’Agadir, ne lui étaient pas restitués avec des excuses. Ses lettres de doléances au roi lui-même, restaient sans réponse. Amanitere, furieuse de cette vexation et de l’absence de ses serviteurs ne cessait de le harceler !
Pour Hammou, écrasé d’ennuis, la jeune Zahar incarnait une source rafraîchissante, même lorsqu’une larme témoignait de sa tristesse et la rendait plus attachante encore. Un matin, il lui lança un compliment et l’appela vers lui. À Tagmadert, Zahar sent monter encore de confusion le sang à ses joues. Si elle avait pu alors s’enfuir, elle se serait sauvée à toutes jambes pour cacher son embarras, mais elle n’était qu’une esclave qui devait ne jamais déplaire au maître. Comment ne pas oublier sa condition tout en conservant sa dignité, comme elle l’avait toujours entendu prôner par Amanitere ? Elle arrêta sa marche suivant l’ordre reçu, déposa lentement la cruche emplie d’eau sur le sol et s’agenouilla face au maître, tête penchée, bras croisés sur la poitrine, en signe de respect et de soumission. Son cœur battait très vite, ses jambes l’abandonnaient. Que lui fallait-il faire ? Que voulait ce vieillard ? Que dirait et ferait Amanitere si elle apprenait ce qu’elle prendrait pour une offense ? Zahar entendait Hammou murmurer dans sa barbe.
« Suis-moi », ordonna-t-il.
Sous les palmiers de Tagmadert, plusieurs années plus tard, Zahar ressent dans sa chair se réveiller la souffrance qui suivit. Elle revoit le morceau de verre effilé qui découpait les points autrefois serrés par l’exciseuse. Elle s’entend hurler de nouveau, bâillonnée par Hammou.
Le lendemain de cette aventure, Amanitere l’avait giflée de ses mains ornées de grosses bagues. De toute la force de ses deux mains, l’une après l’autre, qui revenaient chargées de pierres vertes serties sur des montures d’argent ciselé, de pierres de corail rouge protecteur de la santé, de pierres d’ambre jaune bénéfique et de turquoises bleues porteuses de paix. Amanitere se vengeait sans un mot, sans un cri, sans donner aucun motif. Le bon plaisir du maître ne se discute pas, mais l’ancienne concubine, l’épouse favorite exerçait ses droits et protégeait son avenir. Le sang apparaissait sur les joues de la jeune fille, griffées par les bagues rugueuses et coupantes.
- « Tu vas partir d’ici, Zahar, ce soir même. Tel est ton destin. Prépare-toi à te prosterner devant de nouveaux maîtres bien différents de ceux que tu as jusqu’à présent servis ! »
Destin de Zahar.
À l’extérieur, de graves événements se préparaient. La discorde s’établissait entre les habitants de Massa divisés en deux camps :
-les uns continuaient à placer leur espoir dans le roi du Portugal et se rapprochaient du grand Berbère Ou Ta’Fouft, le caïd des caïds d’Emmanuel 1er, l’ennemi juré des Chérifs du Dràa.
-les autres rompaient leurs engagements (n. 62) et prenaient secrètement contact avec « El Qaïm bi Amer Allah », père du jeune chérif, » et les tribus hostiles aux Chrétiens.
Amanitere poussa Hammou dans cette dernière voie. En gage d’amitié, des présents devaient être offerts aux nouveaux alliés. Zahar ferait donc partie d’un lot de chevaux, de cotonnades, de bonnets de Tolède, de blé, de miel et d’esclaves destinés aux Chérifs du sud.
Hammou approuva cette proposition sans broncher. Il n’osa pas prononcer un seul mot pour maintenir la jeune fille auprès de lui. Zahar ne l’avait plus jamais revu. Aucune nouvelle ne lui parvenait non plus de ses parents. Elle restait seule à Tagmadert, auprès de la vieille épouse du vieux Chérif, qui l’avait affectée plus spécialement au service de son second fils, Mohammed le Cadet. L’interdiction de se marier lui avait été renouvelée, les règles de conduite étaient rigides, les religieux les édictaient et le vieux Chérif ne plaisantait pas.
En quelques minutes, au bord de la source de la palmeraie, Zahar vient de revivre les principaux événements de sa vie. D’autres souvenirs reviennent peu à peu à la surface de sa mémoire, si nombreux qu’elle se sent vieille déjà, à 27 ans, comme si elle avait vécu plusieurs existences. La prédiction de Lalla Mammas se confirme : « Servir des maîtres différents sous des cieux différents ; recevoir l’enseignement des événements et des malheurs ; utiliser les connaissances acquises auprès des uns et des autres pour se maintenir dans des fonctions non avilissantes, que l’habitat soit demeure citadine ou rurale, maison de pierre, de marbre, de pisé ou même tente dressée de nomade… »
Zahar répète :
- « Utiliser les connaissances acquises pour se maintenir dans des fonctions non avilissantes ».
Debout maintenant, elle remercie, en s’inclinant, la petite source de son accueil, la prie de lui porter chance, remplit d’eau la haute cruche et repart, hiératique, d’un long pas sur les sables vers la demeure des Chérifs.
L’espoir l’habite.
Le départ vers le nord la rapprochera de Santa Cruz d’où peut-être un jour, ses parents lui seront rendus. Peut-être aussi parviendra-t-elle par l’abondance de ses souvenirs à attirer et retenir la bienveillante attention du jeune Chérif aux yeux d’ambre et de flamme verte.
(fin de la première partie de l’Histoire de Zahar :
(« de sa naissance à sa rencontre avec Mohammed le Cadet, futur El Mahdi le Saàdien »)
Notes bibliographiques :
le plus souvent ces notes proviennent des « Sources Inédites de l’Histoire du Maroc », série Portugal ; Geuthner édit. Paris 1934)
Souvenirs de Zahar, l’esclave ouolof, 1486-1511.
1) « Zahar », forme archaïque du terme « ZAHRA », signifiant « fleur » et, dans la mesure où il est associé au mot vie : « la splendeur de la vie ». Il peut aussi se prononcer « ZOHRA », qui peut signifier « l’astre Vénus » ou « la beauté » et « la blancheur éclatante ».
2) « Les esclaves noirs très nombreux au service des Saadiens – qui les appréciaient et choisirent parfois des concubines parmi eux – se dispersèrent à la chute de la dynastie. Un registre qui les répertoriait fut remis au nouveau Sultan Moulay ISMAIL, qui les transforma en soldats. (…) C’était bien là une idée de chef des oasis habitué à avoir des noirs comme gardes et confidents », H.M., T. 2, p 256.
3) Sur la côte atlantique au nord de Dakar ont fourni de nombreux esclaves et guerriers aux Saadiens. Ils parlent une langue soudanaise.
4) « Le harem », contrairement à ce qu’on pense trop souvent, est un terme loin d’avoir un sens péjoratif ou matérialiste, exprimant le plus profond respect. Étymologiquement, « harem » ou « ihtiram » signifie le respect à son plus haut degré. C’est à tort que de nombreux historiens utilisent le mot « harem », croyant évoquer le fait d’avoir plusieurs femmes. ELA, p 15.
5) Hammou ben BARKA, personnage historique, PORTUGAL, T. 1, pp 31-32. Sa signature se trouve pp 239 et 247.
6) Coutume suivie au Cameroun, au moins jusque dans les années 1950, où l’on pouvait assister au marché à la vente des épouses. Les femmes enceintes étaient les plus recherchées (N.B. À Zanzibar, vers 1940, le prix d’une jeune et jolie épouse se montait à 10.000 cauries, petits coquillages « monnaie », au préalable spécialement tronqués).
7) Avant le 16 octobre 1488, date de la lettre de Jean II au caïd et aux habitants de Safi.
8) Safi, comme les autres villes du Maroc du sud, était pratiquement indépendante et du sultan roi de Fès et du roi de Marrakech depuis 1450. Elle comptait environ 4.000 feux. Son chef, le vieux caïd ben Ali, n’avait jamais éprouvé de griserie due au pouvoir qu’il détenait héréditairement depuis fort longtemps de sa puissante famille, dite du « FARON ». PORTUGAL, p 26, n. 1.
9) CF. « La conquête de Safi par les Portugais », 1508. Pierre de CENIVAL, in PORTUGAL, T. 1, pp 151-161.
10) La reine Léonor, veuve de Jean II.
11) Ali ben OUACHMAN.
12) Palefreniers et esclaves chargés de tenir l’étrier étaient très informés. CF. C.S.C citant TORRES, p 133 et C.S.C, p 159 : « (…) des captifs chrétiens qui allèrent avec les chevaux du Chérif virent tout ce qui se passait et me le racontèrent (…). »
13) Il était coutumier de donner aux esclaves des noms fétiches pour que, dès le réveil du maître, il n’eut à prononcer que des mots porte-chance.
14) Dite « main de fatma », à cinq doigts accolés.
15) NSM, « Les bains maures », pp 257-267.
16) La reine Léonor.
17) Diogo BORGES, PORTUGAL, T. 1, pp 36-37.
18) CF. n. 9.
19) MANDIMANSA, H.G.C., pp 508-512 « L’Islam, le Maroc indépendant de la Méditerranée au SOUDAN ».
20) IBIDEM H.G.C., pp 508-509. Les Berbères, du IIIe au VIIIe siècle, acclimatèrent le chameau à l’Afrique du Nord, assurant par caravane la liaison du Soudan au Maghreb. Le Maroc était le principal débouché des routes sahariennes.
21) HESP-MASSAT, dès l’année 1447, Dom Henri le Navigateur s’efforca de nouer des relations commerciales avec Massa.
22) La distance entre Massa et Safi est d’environ 400 kilomètres.
23) 11 janvier 1497 : « Accord d’Emmanuel 1er, roi de Portugal, avec la population de la ville de Massa qui le reconnaissait pour seigneur ». PORTUGAL, T. 1, pp 31-35.
24) Personnages historiques signataires de l’accord ci-dessus.
25) Salam alek : salut à toi. Salam alikoum : salut à tous.
26) Marlotta : « Vêtement fermé à manches, relativement court et probablement muni d’un capuchon », peut-être l’ancêtre de l’actuelle djellaba. Étude détaillée dans EHPM, pp 429-459.
27) Personnage historique, fabricant de Hanbel à Safi. Plusieurs fois cité dans les Sources. PORTUGAL, T. 1, document XXXVIII, p 147. Document LVII, p 333, « Le 15 décembre 1512, Maïr Lévy a fait une centaine de hanbels » (ibidem, p 367).
28) Les Anglais commencèrent officiellement au XVIe siècle leur négoce avec le sud du Maroc. Ils procurèrent aux autochtones les célèbres « bernatha », draps de couleur bleue. Ce sont eux aussi qui introduisirent le thé vert, devenu boisson quasi nationale au Maroc. Ils se livraient aussi à la contrebande d’armes. ANGLETERRE, T. 1, Introduction.
29) Alphonse V, dit « l’Africain », régna de 1438 à 1481.
30) Es-Zayyat. « Lettre de Jean II au caïd et aux habitants de Safi ». Setubal, 16 octobre 1488, PORTUGAL, T. 1, p 25, confirmée par investiture, Emmanuel 1er, 12 avril 1496, PORTUGAL, T. 1, p 57.
31) Présents offerts traditionnellement par le roi du Portugal aux chefs des Maures dits « de paix ».
32) « Les habitants de Safi devaient payer chaque année, au mois de septembre, 300 mitkals d’or ou la même valeur en cire ou en autres marchandises et deux bons jeunes chevaux. Le caïd devait mettre de bonnes maisons très sûres à la disposition des directeurs de la factorerie et de leur personnel (ou du terrain pour en faire construire). En échange, les gens de Safi avaient droit de faire du commerce au Portugal comme les nationaux, en payant les mêmes droits qu’eux. Ils devaient aussi être protégés sur mer », PORTUGAL, pp 52 et 50, n. 2.
33) CF. n. 9.
34) Lalla MAMMAS, personnage historique. CPM.
35) HESP-Fils d’or, pp 67-89.
36) CF. n 24.
37) « Les chevaux surtout de robe blanche étaient considérés comme nécessaires à la guerre sainte et il était contraire à la doctrine de l’Islam de les vendre à de non musulmans », PORTUGAL, T. 1, p 6, n. 2.
38) L’ascendant exceptionnel de Manuel le Fortuné était célèbre et reconnu de tous ceux qui l’avaient approché.
39) « Les gens de Massa, pour que la protection du roi puisse s’exercer efficacement sur mer ne devront voyager que sur des vaisseaux portugais munis de l’autorisation du feitor de Massa. Lorsqu’ils désireront se rendre au Portugal, les capitaines des navires seront tenus de transporter gratuitement jusqu’à six personnes et de les nourrir aux frais du roi ». PORTUGAL, T. 1, pp 31-35.
40) La tour de Belem, construite sur ordre d’Emmanuel 1er, était, avec l’Hôtel de la Monnaie et Sintra, un des hauts lieux de visite.
41) H.G.C., p 508. Mines d’argent d’Allemagne du sud-est, de Bohème, Hongrie, Tyrol.
42) Vasco de Gama : Calicut 1498 ; ALBUQUERQUE : Cochin aux Indes, 1503. Ormuz : 1507. En1511, GOA est la capitale de l’Inde portugaise.
43) HGC, « Caravelles contre caravanes », p. 509.
44) Témoignage historique de la vénération du Saadien pour « Ali », dont il se disait le descendant direct, le cri de guerre de ses partisans et de lui-même (chargeant contre les Chrétiens hurlant « Saint-Jacques !») et hurlant eux-mêmes « Moulay Ali ! Moulay Ali ! », C.S.C, pp 41, n. 3 et pp 132-133.
45) Traité de Tordesillas. En 1494, l’Espagne et le Portugal décident, avec l’assentiment du pape, de se partager les terres des nouvelles conquêtes. CF. « Le partage des conquêtes entre l’Espagne et le Portugal au Maroc et sur la côte du sud du Maroc, PORTUGAL, T. 1, pp 203-212, par Pierre de CENIVAL.
46) Amanitere, nom royal. COUN-AF., pp 58-59 « Le règne des Candaces, quand les femmes gouvernaient à Méroé », par Ahmed Ali HAKAN, avec le concours d’Ivan HRBEK et Jean VERCOTTER.
47) C.P.M, CF. aussi n. 34. Les différents éléments du corps du bouc étaient ensuite utilisés pour la fabrication d’amulettes, gris-gris, breuvages d’envoûtements. Ces pratiques n’existèrent plus ou du moins ne furent plus visibles des profanes à partir de 1928.
48) Assassinat de ben Ali avant le 15 juin 1500. PORTUGAL, T. 1, p 153.
49) C.S.C, pp 37-39 et DINOVA, pp 56-57.
50) Al Medina, ville importante de Doukkala, à 45 kms au nord-est de Safi. Il n’en subsiste que quelques morceaux de remparts. DOU pp 195-197 (d’après DOUTTE serait de nos jours désigné sous le nom de el Mdina el Gharbiya).
51) Légende répandue dans la région de Massa.
52) Depuis l’accord de 1497.
53) CF. n. 39 et 40. « Les habitants de Massa n’avaient pas hésité à se battre, une fois la forteresse terminée, contre les Castillans qui la convoitaient, malgré le traité de Tordesillas. » Le traité de Sintra en 1509 devait mettre fin aux rivalités hispano-portugaises dans le sud du Maroc. CF. n. 46.
54) CF. n. 39.
55) Personnage historique. C.S.C, p 21, n. 2 et p. 23, n. 3 et PORTUGAL, T. 1, pp 233 et 244.
56) CF. Récit 1, n. 6 et 7.
57) Fin 1505.
58) Santa Cruz du Cap de Gué fondée au second semestre de 1505, PORTUGAL, T. 1, p 243, n. 3. Son fondateur, ancien feitor de Massa, emprunta secrètement les matériaux du château de bois aux arsenaux royaux (avec l’accord tacite du roi), afin de ne pas soulever d’incident diplomatique avec la Castille.
59) Enlèvement par des Arabes de Noirs appartenant à des Chrétiens, dont Joao Lopes de SEQUEIRA, en juillet 1510. PORTUGAL, T. 1, pp 233.
60) Refus de SEQUEIRA : PORTUGAL, T. 1, pp 233 et 244.
61) Habitants de Massa sur navire portugais, enlevés par des Castillans et vendus comme esclaves. PORTUGAL, T. 1, document XXXIX 28 de rabi 1er an 916 de l’Hégire = 6 juillet 1510.
